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La purge des personnes LGBT dans la fonction publique canadienne

par Laurel Broens

Laurel Broens

Historienne contributrice

Laurel est diplômée du programme de maîtrise en bibliothéconomie et en sciences de l’information de l’Université de l’Alberta et détient un baccalauréat en économie et un baccalauréat en études religieuses de l’Université de Calgary. Elle travaille dans le domaine de la gestion de l’information depuis plus de dix ans, dans le cadre d’une carrière couvrant les bibliothèques publiques et universitaires et la gestion des documents gouvernementaux et juridiques. Laurel est fière d’être membre de l’Alberta Union of Provincial Employees (AUPE) et est la présidente actuelle de la section 002 de l’AUPE, qui représente plus de 4 700 travailleurs des services administratifs et des programmes du gouvernement de l’Alberta dans la région d’Edmonton. Dans ses temps libres, Laurel gère le compte Twitter populaire sur l’histoire du travail @labour_girl.

Note de l’auteur sur la terminologie

En août 2022, le gouvernement fédéral adopte l’acronyme 2SLGBTQI+, qui recouvre les termes suivants : bispirituel, lesbienne, gay, bisexuel, trans, queer et intersexe, ainsi que d’autres personnes issues de la diversité de genre[i]. Cependant, dans le contexte d’un recours collectif datant de 2016, le terme « Purge LGBT » servait à décrire les politiques et les événements dont ont été victimes les plaignants. L’organisation du Fonds Purge LGBT continue d’utiliser cet acronyme « dans un souci d’uniformité, de clarté et de stabilité de la nomenclature »[ii]. De la même façon, dans cet article, l’acronyme « LGBT » sert à représenter le vaste éventail de personnes issues de la diversité de genre et sexuelle.

« Imaginez un seul instant que le pays que vous êtes prêt à défendre au prix de votre vie ne veuille pas de vous. Ne vous accepte pas. Vous voit comme une personne déviante, ou comme une menace pour la sécurité nationale. Non pas parce que vous êtes incompétent, ou parce que vous n’êtes pas assez patriote ou courageux, mais en raison de votre identité profonde et de vos partenaires sexuels »[iii]. C’est la réalité que vivront des personnes LGBT dans la fonction publique canadienne, la GRC et les Forces armées canadiennes (FAC) à partir de la fin de la Seconde Guerre mondiale jusqu’au début des années 1990. Dans les premières années de la Guerre froide, la crainte de l’espionnage soviétique crée un climat d’intense paranoïa et les personnes LGBT sont perçues comme des cibles de chantage faciles en raison de leurs soi‑disant faiblesses de caractère. Par conséquent, bon nombre d’entre elles seront espionnées, interrogées et renvoyées de leur poste[iv].

Image reproduite avec l’aimable autorisation de The LGBT Purge Fund.

Même si la Seconde Guerre mondiale prend fin en 1945, le gouvernement canadien a déjà une longue expérience des enquêtes sur les activités de communistes connus et soupçonnés. Le service de sécurité de la GRC s’intéresse à la menace du communisme depuis les années 1920 et, au Québec, où l’Église catholique alimente le sentiment anticommuniste, les politiciens adoptent en 1937 une loi autorisant la police à bloquer l’accès à des lieux où se tiennent des activités et des événements regroupant des communistes[v]. De la même façon, la persécution des personnes LGBT n’est pas un nouveau phénomène introduit par la Seconde Guerre mondiale. Les actes homosexuels consensuels resteront illégaux jusqu’en 1969, et la famille traditionnelle nucléaire, formée d’un mari, d’une femme et de leurs enfants, domine l’image que se fait le public de la « bonne façon » de vivre sa vie. La plupart des personnes LGBT se cachent, par crainte des conséquences sociales et juridiques[vi].

Alors que la Guerre froide s’enlise, le Canada sous‑estime la menace croissante d’espionnage par l’Union soviétique. Ses illusions sont brisées en décembre 1945 avec la défection d’Igor Gouzenko. Soudainement, la présence d’espions au sein du gouvernement et des institutions responsables de la sécurité du pays devient très réelle. Gouzenko travaillait à l’ambassade de l’Union soviétique à Ottawa pendant la Seconde Guerre mondiale. Dans les semaines suivant la fin de la guerre, il fournit des preuves selon lesquelles l’URSS a établi un réseau d’espionnage au Canada et dans d’autres pays alliés[vii]. La commission royale Kellock‑Taschereau est formée pour enquêter sur les révélations de Gouzenko. Dans la foulée de l’enquête, 21 espions présumés sont arrrêtés et détenus, dont 10 seront par la suite accusés[viii], notamment le député du parti communiste Fred Rose, qui sera chassé de la Chambre des communes peu après[ix].

Le rapport de la commission royale encourage le gouvernement à prendre « toutes les mesures jugées souhaitables » pour éviter l’infiltration d’espions dans les ministères et organismes du gouvernement. En réaction, le gouvernement forme un groupe d’experts sur la sécurité composé de membres de la haute direction de la fonction publique et de la GRC. Le groupe a pour mandat de prodiguer des conseils sur les mesures de sécurité et d’identifier les communistes et espions allégués qui occupent des postes sensibles[x]. Leurs méthodes comprennent, entre autres, l’instauration d’une autorisation de sécurité pour les fonctionnaires fédéraux. Dans les premières années de sa formation, le groupe s’intéresse principalement aux personnes occupant des postes de haut niveau soupçonnées d’être communistes, mais au fil du temps, ses enquêtes finissent par viser tous les ordres de gouvernement.

Vers le milieu des années 1950, la GRC reçoit le mandat de mener des enquêtes au nom du groupe et de porter son attention sur les personnes réputées présenter des « faiblesses de caractère »[xi] [xii]. Une faiblesse de caractère est définie comme une tare morale qui pourrait faire de cette personne une cible de chantage par des agents soviétiques. Même si cela comprend l’alcoolisme, l’adultère et la promiscuité sexuelle, la majeure partie du travail d’enquête vise à identifier des membres de la communauté LGBT, surtout les hommes gays[xiii]. Les enquêteurs se fondent sur la théorie selon laquelle une personne pourrait être forcée de dévoiler des secrets du gouvernement sous la menace de divulgations publiques concernant sa vie sexuelle. Cependant, cette théorie n’est pas réaliste : aucun agent soviétique n’a jamais réussi à faire chanter une personne LGBT[xiv].

« Au lieu de supprimer les fondements sociaux sur lesquels repose la menace de chantage en demandant l’annulation des lois anti‑homosexuelles et des pratiques sociales hétérosexistes, ils décident plutôt d’alimenter cet impératif de secret et d’en faire une condition qui justifie la mobilisation de diverses stratégies de surveillance et de détection »[xv].

Gary Kinsman

Tout au long de la décennie suivante, la persécution des fonctionnaires LGBT s’intensifie : les premiers « homosexuels soupçonnés » seront mis en pied à partir de 1952. La même année, le gouvernement modifie la Loi sur l’immigration du Canada afin d’imposer une interdiction de territoire à tous les homosexuels qui entrent au pays, tant comme immigrants que comme visiteurs[xvi]. En 1956, la GRC forme une unité officielle chargée de détecter les « faiblesses de caractère » chez les fonctionnaires[xvii]. Même si le premier ministre John Diefenbaker remet en question la valeur de cette purge et s’inquiète du départ d’employés de talent, son influence reste limitée[xviii].

Dans les années 1950 et 1960, la GRC identifie et interroge des centaines de personnes qui perdront par la suite leur poste dans la fonction publique, dont plusieurs fonctionnaires de haut niveau. En 1957, après avoir été accusé d’être un sympathisant et un espion communiste, le diplomate canadien Herbert Norman se suicide en sautant du toit de l’ambassade de Suède. Il laisse une note déclarant qu’il n’a jamais espionné personne, « mais que son orientation sexuelle menaçait, selon lui, les relations internationales[xix]. » De la même façon, l’ambassadeur du Canada en Union soviétique de 1954 à 1956, John Watkins, sera soupçonné, après son départ à la retraite, d’être un homosexuel. En 1964, il meurt d’une crise cardiaque à la suite d’un interrogatoire de 27 jours[xx]. La GRC finira par conclure qu’il n’a jamais été victime de chantage de la part des Soviétiques[xxi].

Pour améliorer leur détection des personnes LGBT, le groupe d’experts envoie son secrétaire, D. F. Wall, et le professeur à l’Université Carleton, F. R. Wake, aux États‑Unis pour une expédition de recherche. Alors que Wall examine les politiques et procédures de contrôle de sécurité américaines[xxii], Wake se concentre sur les méthodes et techniques scientifiques pour détecter les homosexuels. Après une année de recherches, il revient au Canada pour développer sa propre méthode de détection, qui sera plus tard appelée la « fruit machine » (la « trieuse à tapettes ») par un membre de la GRC. Cette machine repose sur un test de réaction pupillaire qui mesure la dilatation de la pupille en réaction à des images érotiques présentées à des hommes et des femmes. Si les pupilles d’un homme se dilatent en voyant un homme nu, Wake en déduit qu’il est forcément attiré par les hommes[xxiii].


Le gouvernement canadien a expérimenté avec des détecteurs de mensonges primitifs similaires à cet électropsychomètre dans l’espoir de trouver un moyen de détecter les risques pour la sécurité. Pendant la guerre froide et jusqu’en 1992, les autorités canadiennes chargées de la sécurité ont mené une campagne pour identifier et licencier les membres de la communauté LGBT (lesbiennes, gays, bisexuels et transsexuels) qui travaillaient dans la fonction publique et les forces armées. Image reproduite avec l’aimable autorisation du Musée canadien de la guerre.

Wake éprouve des difficultés à trouver des volontaires pour le projet, tant chez les « homosexuels notoires » que chez les « sujets normaux », qui craignent que l’expérience ne les identifie par erreur au groupe des personnes LGBT[xxiv]. Il rencontre également des difficultés lors de ses tests. La capture de mouvements rapides de la pupille requiert une caméra à très grande vitesse, un appareil qui n’est pas encore produit commercialement dans les années 1960. Wake finit par s’en procurer une auprès de la Force aérienne. Les photos doivent être prises selon un angle qui ne bloque pas la vue sur les images; il faut également tenir compte des différences quant à la hauteur des yeux, la distance entre les yeux et la taille des sujets. De plus, Wake ne peut pas faire abstraction de divers stimulus extérieurs qui peuvent causer une dilatation des pupilles, comme les changements d’éclairage, le stress et la fatigue[xxv]. En 1967, il apparaît évident que la « trieuse à tapettes » ne fonctionne pas et le projet est abandonné[xxvi].

En 2016, un groupe d’étudiants de l’Université Carleton demande à sa présidente, Roseann Runte, de présenter des excuses pour la participation de l’établissement à l’invention de la « trieuse à tapettes ». En réponse à cette demande, Mme Runte émettra une déclaration dans laquelle elle reconnaît le passé discriminatoire de l’université : [TRADUCTION] « Je tiens personnellement à formuler mes plus sincères excuses pour l’ignorance dont nous avons fait preuve, pour nos préjugés et la cruauté exercée sur les êtres humains au fil des siècles, partout dans le monde. Si des membres de la communauté de l’Université Carleton ont participé à la propagation de ces préjugés, de quelque façon que ce soit, je le regrette sincèrement »[xxvii]. Cependant, ces excuses ne font pas directement référence au travail de Wake avec le gouvernement fédéral, ni à ses recherches sur la « trieuse à tapettes ».

Vers la fin des années 1960, l’ardeur du gouvernement fédéral pour débusquer ses employés LGBT commence à s’essouffler. En 1967, Pierre Trudeau, à l’époque ministre de la Justice, prononcera la fameuse phrase suivante : « L’État n’a rien à faire dans les chambres à coucher de la nation. Ce qui se fait en privé entre adultes ne concerne pas le Code criminel. » Deux ans plus tard, alors qu’il est premier ministre, le projet de loi C‑150 décriminalise officiellement l’homosexualité. La même année, la commission royale sur la sécurité, appelée la commission MacKenzie, publie un rapport qui recommande que l’homosexualité ne soit pas un obstacle à l’emploi dans la fonction publique, mais qui précise que les homosexuels ne devraient pas obtenir de cote de sécurité aux niveaux les plus élevés, et ne devraient certainement pas être affectés à des postes sensibles à l’étranger[xxviii].

Même si le gouvernement fédéral ne persécute plus ouvertement les employés LGBT, la GRC demeure déterminée à éradiquer l’homosexualité de ses rangs tout au long des années 1970. En plus de la « trieuse à tapettes », qui sera un échec, la GRC développe sa propre liste d’indicateurs pour repérer les hommes homosexuels, notamment le fait de conduire une voiture blanche et de porter des pantalons moulants et une bague au petit doigt[xxix]. Une fois identifiés, ces hommes devaient donner leur démission ou accepter d’être transférés vers des postes moins sensibles[xxx]. En 1979, la Commission des droits de la personne publie un sondage mené auprès de 2 000 adultes qui montre que 68 % des Canadiens appuieraient l’embauche d’homosexuels à la GRC. Malgré ces résultats, le chef des services de la sécurité de la GRC, Michael Dare, répond qu’il n’a aucune intention de changer la politique d’embauche, en affirmant que « cet emploi requiert une confiance totale » et que « même si les mœurs au pays ont évolué, la nature internationale du service rend les agents homosexuels plus vulnérables »[xxxi].

Comme dans la fonction publique et la GRC, les FAC empêchent activement les homosexuels de s’enrôler, et ce, depuis leur création. De 1866 à 1944, le Canada fera appliquer la Britain’s Naval Discipline Act, qui condamne tout homme trouvé coupable de « sodomie » ou « d’acte indécent » à une peine d’emprisonnement ou aux travaux forcés. Pendant la Seconde Guerre mondiale, le Corps de santé royal canadien utilise un système de classification pour déterminer si une personne est apte à servir dans l’armée. Les homosexuels sont qualifiés de « personnalités psychopathes », une caractéristique qui se traduit par la cote la plus négative sur l’échelle d’évaluation. Des années 1950 au début des années 1990, l’armée pourchasse activement les membres LGBT et les expulse de ses rangs. Lors des interrogatoires, les membres sont forcés de démissionner afin d’obtenir une libération honorable et sont fortement incités à dénoncer d’autres collègues LGBT. Malgré la loi de 1969 qui décriminalise l’homosexualité, le premier ministre Pierre Trudeau défend la politique de l’armée, ressassant les vieilles craintes de chantage[xxxii].

Dans les années 1980, les motifs invoqués par l’armée pour exclure les membres LGBT passent de la peur du chantage à la crainte que leur présence ne cause des « conflits interpersonnels » ayant un effet néfaste sur l’efficacité opérationnelle et le moral des troupes. Une fois identifiés, les membres ne sont plus obligés de démissionner, mais leur avancement dans l’armée est grandement compromis[xxxiii]. Cette situation prend fin en octobre 1992, lorsque l’armée est forcée d’abandonner sa politique discriminatoire à l’issue d’une poursuite intentée contre l’ancienne officière Michelle Douglas. Douglas s’est jointe aux FAC en 1986 et a été affectée à l’unité des enquêtes spéciales, dont les fonctions, ironiquement, consistaient à faire enquête sur les homosexuels dans l’armée[xxxiv]. Douglas est la deuxième femme à être nommée au sein de cette unité et la première à être promue au rang d’officier.

En 1989, malgré une carrière prometteuse, Douglas est convoquée dans une chambre d’hôtel près de l’aéroport Pearson, à Toronto, et interrogée pendant deux jours sur sa vie sexuelle et sa loyauté envers le Canada. On lui demande de dénoncer ses collègues homosexuels, ce qu’elle refuse. Elle sera ensuite rapidement renvoyée de l’armée et, en 1990, avec le soutien du député Svend Robinson et de l’avocat Clayton Ruby, elle décide d’intenter une poursuite contre l’armée[xxxv]. Le 27 octobre 1992, sachant fort bien que ses arguments ne tiendront pas devant la cour puisqu’ils sont contraires à la Charte des droits et libertés, l’armée conclut une entente avec Douglas d’une valeur de 100 000 $[xxxvi]. L’armée accepte également d’abandonner ses politiques discriminatoires contre ses membres LGBT. À la suite de cette décision déterminante, Douglas affirmera : [TRADUCTION] « Cette victoire, ce n’est pas seulement la mienne, c’est celle de tous ceux qui sont encore dans les Forces armées canadiennes et de ceux qui n’ont jamais eu la chance de dénoncer ces traitements devant cette cour. »[xxxvii]

Même si la poursuite de Douglas constitue une grande victoire pour les victimes de la Purge LGBT, ce n’est qu’en 2015 que les activistes attirent l’attention du grand public sur leurs demandes d’excuses officielles du gouvernement fédéral. En 2016, les survivants de la Purge LGBT, Todd Ross, Martine Roy et Alida Satalic, ainsi que l’avocat Douglas Elliott, lancent un recours collectif contre le gouvernement afin d’obtenir réparation pour les pertes financières et les torts psychologiques qu’ils ont subis[xxxviii]. Le 24 novembre 2017, le gouvernement est reconnu coupable et conclut une entente de principe. Peu après, le 28 novembre, le premier ministre Justin Trudeau présente des excuses historiques aux membres de la communauté LGBTQ2 à la Chambre des communes, où il fait part de sa honte et de ses regrets aux fonctionnaires qui ont été victimes de discrimination en raison de leur orientation sexuelle[xxxix].

Lisez la transcription complète ici : https://pm.gc.ca/fr/nouvelles/discours/2017/11/28/discours-du-premier-ministre-justin-trudeau-presenter-des-excuses-aux

Le 22 juin 2018, l’entente de règlement définitive du recours collectif est approuvée. Elle prévoit jusqu’à 110 millions de dollars pour indemniser directement les membres LGBT de la fonction publique, de l’armée et de la GRC qui ont été négativement affectés par ces politiques discriminatoires; 15 millions de dollars pour les frais juridiques; 15 millions de dollars pour des mesures de commémoration et de réconciliation; et 5 millions de dollars pour l’administration externe. En tout, 719 plaignants touchent entre 5 000 $ et 175 000 $, selon la gravité de leur dossier. Le recours couvre 629 membres de l’armée, 12 de la GRC et 78 fonctionnaires[xl]. Le nombre de plaignants est moins élevé que prévu et le groupe est surtout composé de femmes, notamment en raison du grand nombre d’hommes qui succomberont à l’épidémie de sida des années 1980. « Ce recours compte beaucoup moins d’hommes qu’on ne le pensait au départ, explique Michelle Douglas à l’époque. Bon nombre d’entre eux se sont suicidés. D’autres ont succombé au VIH ou au sida, et d’autres encore ont décidé de retourner dans le placard, accablés par la honte. Aujourd’hui, les survivants de cette purge sont essentiellement des femmes[xli]. » En outre, de nombreuses personnes doutent encore des intentions réelles du gouvernement et d’autres découvrent trop tard l’existence de ce recours[xlii]

En plus de l’entente financière, le gouvernement s’engage à ériger un monument honorant la communauté LGBTQ2S+ à Ottawa. Le monument « Coup de tonnerre » a été sélectionné en mars 2022 pour être construit sur une parcelle de terrain à l’ouest de la Colline du Parlement. L’œuvre a été conçue par la firme d’architecture Public City de Winnipeg, en collaboration avec les artistes Shawna Dempsey et Lorri Millan, et Albert McLeod, un expert et conseiller sur les peuples autochtones et bispirituels[xliii].

Tout au long de la Purge LGBT, des milliers de Canadiens ont vu leur vie privée et leur carrière détruites. Certains ont vécu de graves répercussions sur les plans social et psychologique, les menant parfois au suicide. Même si aucune indemnité ne peut entièrement réparer les torts du passé, les survivants ont finalement obtenu un semblant de justice pour la façon dont ils ont été traités par le gouvernement qu’ils avaient choisi de servir[xliv]. Aujourd’hui, les personnes LGBT peuvent travailler activement pour la fonction publique, l’armée et la GRC sans craindre d’être persécutés pour leur orientation sexuelle.


[i] Heidi Lee, « Canada Launches 1st Ever 2SLGBTQI+ Action Plan: ‘Past the 100 Days, but We’re Here’ », CBC.

[ii] « F.A.Q. » , LGBT Purge Fund (2023).

[iii] « Discours du premier ministre Justin Trudeau » .

[iv] Ron Levy, « Purges dans le service public canadien pendant la guerre froide : le cas des personnes LGBTQ » , l’Encyclopédie canadienne.

[v] Allan Laine Kagedan, The Politics of Othering in the United States and Canada, pg.91–92.

[vi] Ken Setterington, Righting Canada’s Wrongs: The LGBT Purge and the Fight for Equal Rights in Canada, pg.8.

[vii] Jeff Baillargeon « What Happened on This Day in Queer History – The Fruit Machine Documentary » , Les ArQuives.

[viii] Kagedan, pg.92–93.

[ix] Kenneth Cragg, « Fred Rose Is Expelled from House » , The Globe and Mail.

[x] Levy, « service public »

[xi] Kagedan, pg.91.

[xii] Setterington, pg.15–16.

[xiii] Baillargeon.

[xiv] Kagedan, pg.99.

[xv] Gary Kinsman, « ‘Character Weaknesses’ and ‘Fruit Machines’: Towards an Analysis of the Anti-Homosexual Security Campaign in the Canadian Civil Service » , Labour/Le Travailleur, pg.148.

[xvi] Setterington, pg.16.

[xvii] Levy, « service public ».

[xviii] Kagedan, pg.100.

[xix] Setterington, pg.18.

[xx] Levy, « service public ».

[xxi] Kagedan, pg.101.

[xxii] Kinsman, pg.139.

[xxiii] Peter Knegt, « The Fruit Machine: Why Every Canadian Should Learn about This Country’s ‘Gay Purge’ » , CBC.

[xxiv] Baillargeon.

[xxv] John Sawatsky, Men in the Shadows: The RCMP Security Service, pg.135.

[xxvi] Kinsman, pg.158–159.

[xxvii] Matthew Pearson, « Carleton Email Offers Vague Apology for ‘Fruit Machine’ Research », Ottawa Citizen.

[xxviii] Setterington, pg.24.

[xxix] Levy, « service public ».

[xxx] Kinsman, pg.149.

[xxxi] « Homosexuals Not Welcome, Mounties Say » , The Globe and Mail (1979).

[xxxii] Ron Levy, « Purges dans les Forces armées canadiennes pendant la Guerre froide : le cas des personnes LGBTQ » , l’Encyclopédie canadienne.

[xxxiii] Ibid.

[xxxiv] Ian Austen, « Commemorating the Victims of Canada’s ‘Gay Purge’ » , The New York Times.

[xxxv] « Purge LGBT – Récits des survivants »

[xxxvi] Setterington, pg.50.

[xxxvii] Setterington, pg.51.

[xxxviii] Setterington, pg.62.

[xxxix] « Canadian Government and Former Federal Employees Reach Settlement in ‘Gay Purge’ » , CBC (2018).

[xl] « Entente de règlement définitive concernant la Purge LGBT » , Gouvernement de Canada.

[xli] Austen.

[xlii] Jim Bronskill, “718 Victims of Canadian Government’s Gay Purge Compensated in Settlement » , Global News.

[xliii] « Coup de tonnerre remporte le concours de design pour le monument national LGBTQ2+ ! » , LGBT Purge Fund (2022).

[xliv] « The End of the LGBT Purge » , Egale (2022).

Bibilographie

Austen, Ian. « Commemorating the Victims of Canada’s ‘Gay Purge’ » dans le The New York Times (24 janvier 2020).https://www.nytimes.com/2020/01/24/world/canada/canada-gay-purge-monument.html.

Baillargeon, Jeff. « What Happened on This Day in Queer History – The Fruit Machine Documentary » sur The ArQuives (1er juin 2020).https://arquives.ca/latest-news/what-happened-on-this-day-in-queer-history-the-fruit-machine-documentary.

Bindman, Stephen. « Military Admits Policy Wrong, Agrees to Welcome Gays, Lesbians » dans le The Ottawa Citizen (28 octobre 1992, A1).

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Knegt, Peter. « The Fruit Machine: Why Every Canadian Should Learn about This Country’s ‘Gay Purge’ » sur CBC (30 mai 2018). https://www.cbc.ca/arts/the-fruit-machine-why-every-canadian-should-learn-about-this-country-s-gay-purge-1.4678718.

Lee, Heidi. « Canada Launches 1st Ever 2SLGBTQI+ Action Plan: ‘Past the 100 Days, but We’re Here’ » sur CBC (28 août 2022). https://globalnews.ca/news/9090604/canada-1st-2slgbtqi-action-plan/.

Levy, Ron. « Purges dans le service public canadien pendant la guerre froide : le cas des personnes LGBTQ » dans L’Encyclopédie canadienne (3 octobre 2018). https://www.thecanadianencyclopedia.ca/fr/article/purge-lgbt-au-canada.

Levy, Ron. « Purges dans les Forces armées canadiennes pendant la Guerre froide : le cas des personnes LGBTQ » dans L’Encyclopédie canadienne (24 juin 2020). hhttps://www.thecanadianencyclopedia.ca/fr/article/purges-dans-les-forces-armees-canadiennes-pendant-la-guerre-froide-le-cas-des-personnes-lgbtq.

« Entente de règlement définitive concernant la Purge LGBT » sur Gouvernement du Canada (26 février 2020). https://www.canada.ca/fr/ministere-defense-nationale/organisation/rapports-publications/divulgation-proactive/budget-supp-depenses-b-2019-2020/postes-budget-supp-depenses/credits-approuves/purge-lgbt.html.

« LGBT Purge – Survivor Stories: Michelle Douglas » sur YouTube, téléversé par Purge LGBT – Récit des survivant-es (27 octobre 2021). https://youtu.be/KH9u7Mwy-a4.

Pearson, Matthew. « Carleton Email Offers Vague Apology for ‘Fruit Machine’ Research » dans le Ottawa Citizen (12 avril 2016). https://ottawacitizen.com/news/local-news/carleton-email-offers-vague-apology-for-fruit-machine-research.

« Discours du premier ministre Justin Trudeau pour présenter des excuses aux Canadiens LGBTQ2 » sur Premier ministre du Canada, Justin Trudeau, Canada (28 novembre 2017). https://pm.gc.ca/fr/nouvelles/discours/2017/11/28/discours-du-premier-ministre-justin-trudeau-presenter-des-excuses-aux

Sawatsky, John. Men in the Shadows: The RCMP Security Service (1980). Doubleday Canada.

Setterington, Ken. Righting Canada’s Wrongs: The LGBT Purge and the Fight for Equal Rights in Canada (2022). James Lorimer & Company Ltd.

« The End of the LGBT Purge – 30th Anniversary » sur Egale (2022). https://egale.ca/egale-in-action/lgbt-purge-end-30th-anniversary/.

« ‘Coup de tonnerre’ remporte le concours de design pour le monument national LGBTQ2+! » sur Fonds Purge LGBT (24 mars 2022).https://lefondspurgelgbt.com/coup-de-tonnerre-remporte-le-concours-de-design-pour-le-monument-national-lgbtq2/.