Citez

Missions canadiennes de l’Organisation des Nations Unies au Congo et en République démocratique du Congo

2012 à aujourd’hui

Par : Patrick-Aurel Fournier

Patrick-Aurel Fournier

Historien contributeur

Patrick-Aurel Fournier est diplômé en histoire et en justice pénale de l’Université Nipissing et complète son baccalauréat en éducation et termine sa maîtrise en histoire avec sa recherche intitulée : « Poppy Ville: The Commemorative Transformation of Welberg, Netherlands, 1945-2021 ». Pat a toujours eu une profonde passion pour l’histoire, plus particulièrement pour les raisons et les méthodes derrière les commémorations. En 2019, Pat a été sélectionné comme 1 des 7 guides canadiens pour travailler au Centre Juno Beach en Normandie, en France; lors du 75e anniversaire du débarquement du Jour J. Né et élevé dans le Nord de l’Ontario et vivant présentement à North Bay; Il espère un jour commencer à enseigner dans la région et aider à nourrir l’amour et la curiosité pour l’histoire comme l’ont suscité en lui ces éducateurs précédents. Pat est extrêmement enthousiaste à l’idée de pouvoir aider DMC à partager l’histoire de notre pays et espère susciter la curiosité et la passion dans ses lecteurs.

Pendant le « partage de l’Afrique » du 19e siècle, époque où les puissances de l’Europe se précipitent en Afrique se diviser et coloniser les territoires, le Mali se destine bien malgré lui à subir une colonisation en tout point semblable à celle du Congo par le roi belge Léopold II. Entre 1890 et 1893, l’armée française effectue avec succès plusieurs opérations dans la région que le Mali occupe aujourd’hui; ces opérations aboutissent à la colonisation et à l’assimilation du pays dans l’Afrique occidentale française. Au cours des nombreuses décennies du règne colonial, la région qui est aujourd’hui connue sous le nom de Mali voit ses frontières et son nom changer à de multiples reprises, alors qu’elle apporte soutien et renfort à la France pendant les deux guerres mondiales et qu’elle est assujettie à d’autres exigences coloniales, notamment l’exploitation des ressources et de la main-d’œuvre. En 1960, à la suite de la crise de mai 1958 qui cause l’effondrement de la Quatrième République et l’instauration de la Cinquième République par Charles de Gaulle, la République du Mali gagne son indépendance sous le gouvernement de l’union soudanaise et du parti du rassemblement démocratique africain.

Si la République du Mali est désormais indépendante, elle est loin d’être stable. Le nouveau pays voit le jour dans un climat de grandes turbulences avec Modibo Keita, son premier président, qui rompt les ententes avec la France en tissant des liens diplomatiques et économiques avec des nations appartenant au bloc communiste. S’ensuivent alors quelques années marquées par ses projets de loi politiques et économiques radicaux socialistes, qui engendrent une révolution culturelle. En effet, un groupe d’officiers de l’armée renverse le gouvernement de Keita en 1968 et s’approprie le pouvoir. En 1974, la nouvelle constitution propose que le Mali soit gouverné par le Comité militaire de libération nationale et des élections présidentielles directes pour le peuple malien. Les décennies qui suivent sont également ponctuées de difficultés et de conflits. Même avec des gouvernements élus, le Mali est le théâtre de multiples coups d’état, de changements de gouvernement et de nouvelles constitutions.

Le 21 mars 2012, une énième mutinerie de l’armée mène à un coup d’état militaire qui s’empare du pouvoir du Mali et en suspend la constitution. Le Comité national pour le redressement de la démocratie et la restauration de l’État est alors placé au pouvoir et dirigé par Amadou Haya Sanogo. Ce climat d’instabilité politique, de concert avec des conflits violents avec les rebelles touaregs et des insurgés islamistes, plonge le Mali dans un état chaotique pendant environ une année avant l’arrivée de l’assistance militaire internationale.

Un hélicoptère CH-146 Griffon participe à une mission d’escorte pendant l’opération Présence (Mali), le 28 février 2019. Image reproduite avec l’aimable autorisation du Ministère canadien de la Défense nationale.

Dès les premiers mois de 2013, les Forces armées canadiennes (FAC) prêtent main forte ou gouvernement de la France dans le cadre de l’opération Serval. Au cours de cette opération, les FAC mettent à la disposition de l’opération un avion de transport lourd et approximativement 40 membres de l’Aviation royale canadienne (ARC). À la fin de l’opération, en juillet 2014, l’équipe canadienne d’intervention aérienne au Mali a effectué 48 vols pour transporter plus de 1,6 millions de kilogrammes de cargo, soit 3,5 millions de livres. Puisque leur mandat exclut toute forme de combat, l’équipe d’intervention est chargée de déplacer et d’acheminer des actifs par voie aérienne, notamment du personnel, des véhicules, de la nourriture, de l’eau et de l’équipement médical. Stephen Harper, alors premier ministre, s’était engagé à fournir un avion de transport lourd pour les déplacements stratégiques entre la France et le Mali tant et aussi longtemps que nécessaire.

Le 25 avril 2013, les Nations Unies votent à l’unanimité la mise en œuvre de la Mission multidimensionnelle intégrée des Nations unies pour la stabilisation au Mali (MINUSMA) d’ici le 1er juillet 2013. La MINUSMA implique une force de 11 200 soldats et personnel militaire et 1 440 agents de police. Mais ce n’est qu’en 2018 que le Canada s’implique directement dans la MINUSMA avec la Force opérationnelle Bamako dans le cadre de l’opération Présence au Mali. Avec son soutien aérien, la contribution du Canada à l’opération Présence ressemble beaucoup aux opérations effectuées lors de l’opération Serval. L’opération Présence assure, entre les mois d’août 2018 et août 2019, des services continus d’évacuation aéromédicale pour les civils et les casques bleus des NU. Avec deux rotations de 250 casques bleus par année, cette équipe d’intervention utilise huit hélicoptères et cumule 4 000 heures de vol au cours desquelles elle effectue 11 évacuations aéromédicales, transporte 2 800 passagers et livre 168 000 kilogrammes (370 000 livres) de cargo. À la fin de l’opération Présence, 10 officiers d’état-major et agents civils de police demeurent au Mali, en poste aux quartiers généraux de Gao et de Bamako.

Le gouvernement canadien maintient également des forces au Mali indépendamment des opérations des Nations Unies ou d’autres ententes internationales. Puisque le Mali entretient avec le Canada un des plus longs partenariats nationaux de l’Afrique, le Canada s’engage à apporter son soutien au Mali à compter de 2012, dans le cadre d’une approche intégrée et de multiples façons. En premier lieu, le Mali est un des pays visés par le Plan d’action national du Canada pour les femmes, la paix et la sécurité, un plan créé pour soutenir l’habilitation des femmes, pour gérer et participer aux processus de consolidation de la paix et de la réconciliation dans des pays ciblés. Deuxièmement, le Canada apporte un soutien financier important au développement du Mali. Depuis l’an 2000, le Canada a fourni plus de 1,8 milliards de dollars en soutien au Mali, dont 119,9 millions en 2021 et 2022. Le Canada suspend toutes ses opérations de soutien financier direct au gouvernement du Mali à la suite d’un autre coup d’état militaire. Il maintient, en revanche, ses activités de soutien humanitaire, d’aide bilatérale au développement et ses programmes de maintien de la paix et de la sécurité au Mali grâce à des partenaires tiers de confiance afin d’apporter un soutien aux plus pauvres et vulnérables du pays.

En plus du soutien financier direct offert dans le cadre du Plan d’action national du Canada pour les femmes, la paix et la sécurité, le Canada répartit ses efforts de soutien dans trois domaines principaux : la consolidation des services sociaux de base tels que les services de santé et d’éducation offerts sous la forme de programmes sur la santé et les droits sexuels et liés à la procréation; le développement rural, ce qui comprend l’élaboration de méthodes favorisant la résilience aux changements climatiques et l’accès à des services financiers inclusifs; et enfin la mise en place d’un gouvernement inclusif et la restauration de la démocratie. 

Pour atteindre quelques-uns de ces objectifs humanitaires, le Canada travaille de concert avec des partenaires comme la Croix-Rouge et les Nations Unies pour prêter main forte aux peuples touchés par la crise au Mali. Le financement de la majeure partie de ses initiatives provient du Programme pour la stabilisation et les opérations de paix du Canada. Entre 2016 et 2019, grâce à ce type de programmes, le Canada investit plus de 30 millions de dollars au Mali et dans la région du Sahel et 28 millions de dollars additionnels entre 2019 et 2022. Le soutien continu de ces programmes de stabilisation se traduit en résultats concrets dans les régions visées. Par exemple, grâce à un projet mené en partenariat avec l’organisme Search for Common Ground, 350 ambassadeurs de la paix dont 151 femmes ont reçu de la formation en transformation des conflits, en développement du leadership et en consolidation de la paix dans les régions du centre et du nord du Mali.

En date d’aujourd’hui, le Canada continue d’apporter du soutien au Mali, à la MINUSMA et aux autres programmes qui s’acharnent à rétablir un climat de paix et de stabilité pour les habitants du Mali.

Des membres de la Force opérationnelle au Mali se tiennent bien en place lors de la parade des médailles pour l’opération Présence au Camp Castor, le 8 juin 2019. Crédit d’image : François Charest. Image reproduite avec l’aimable autorisation des Forces armées canadiennes.

La PAIF et le JUPREC : pour rendre justice aux femmes et aux enfants maliens

En novembre 2017, le gouvernement fédéral lance le second Plan d’action national du Canada pour la mise en œuvre des résolutions du Conseil de sécurité des Nations Unies sur les femmes, la paix et la sécurité qui sera en vigueur de 2017 à 2022. Ce plan est élaboré sur une approche pangouvernementale visant à assurer que chaque activité et initiative concorde avec les grands engagements tels que l’égalité des genres, l’habilitation des femmes et des filles, le respect des droits de la personne des femmes et des filles, ainsi que l’inclusion et le respect de la diversité. Dans le cadre de ce plan, le Canada s’engage à faire progresser les enjeux propres aux femmes, à la paix et à la sécurité en mettant en œuvre des efforts diplomatiques et une panoplie de programmes.

Parmi les efforts liés aux programmes, le Centre d’étude et de coopération internationale (CECI), un organisme du Québec, entreprend le projet Justice, prévention et réconciliation pour les femmes, mineurs et autres personnes affectées par la crise au Mali (JUPREC), qui joue un rôle charnière dans la vie de nombreuses femmes maliennes. Lors d’une session de sensibilisation sur la violence fondée sur le genre organisée dans son quartier, la jeune Fatou (un nom emprunté afin de protéger son identité et sa sécurité) a partagé son histoire. « Mes parents m’ont forcée à me marier alors que je n’avais que 14 ans. Pendant trois ans, la violence a fait partie de mon quotidien », raconte-t-elle. « Après avoir tenté de m’enfuir à quelques reprises, je suis retournée chez mes parents. Je voulais tout simplement divorcer. C’était impossible. »

Image reproduite avec l’aimable autorisation du Centre d’Étude et de Coopération Internationale.

Le JUPREC, dirigé par Avocats sans frontières Canada, le CECI et l’École nationale d’administration publique, a pour objectif la sensibilisation sur l’importance de mettre un terme à la violence faites aux femmes et aux filles et la promotion de l’égalité des genres. Des partenaires tels que l’Association du Sahel d’aide à la femme et à l’enfance mettent sur pied diverses activités comme des formations sur la masculinité positive, le dialogue conjugal, des tournées de troupes de théâtre et des programmes de radio communautaire.

De plus, le JUPREC aide les victimes de violence, comme Fatou, à accéder au système de la justice. Les personnes qui offrent des services légaux ont reçu de la formation sur les manières de fournir des informations et de l’expertise-conseil aux victimes pour les guider tout au long des procédures. Avec l’aide de l’Association pour le progrès et la défense des droits et des femmes Maliennes, Fatou a entamé des procédures de divorce. L’histoire de Fatou est un exemple de l’impact positif que le JUPREC et le travail de tous ses partenaires ont sur la vie des Maliennes.

Comme effort de soutien, le Canada a également élaboré la Politique d’aide internationale féministe du Canada (PAIF) qui a pour but de s’attaquer aux causes profondes de la pauvreté grâce à une approche intersectionnelle et féministe des droits de la personne. Cette approche prend en considération les multiples formes que prend la discrimination et comment elles se chevauchent. Cette politique vise à identifier les groupes et les individus qui vivent dans des situations de pauvreté, de marginalisation et de vulnérabilité extrêmes et à diminuer les écarts en surmontant les principaux obstacles qui nuisent à l’égalité. La PAIF est basée sur une étude des Nations Unies qui a démontré comment la diminution du fossé qui sépare les genres sur les fermes et dans les systèmes agroalimentaires peut faire augmenter le produit intérieur brut mondial d’environ un trillion de dollars et réduire de 45 millions le nombre de personnes souffrant d’insécurité alimentaire dans le monde.

C’est pour ces raisons que le Canada, en collaboration avec le JUPREC et la PAIF, finance des projets comme Sème l’avenir. Sème l’avenir cible le corridor sec de l’Amérique centrale ainsi que les nations africaines du Burkina Faso, du Mali et de l’Éthiopie pour s’assurer que les femmes occupent 50 % des postes de leadership dans les coopératives fermières et que la participation des femmes augmente de façon significative dans les domaines traditionnellement masculins du travail agricole. Sème l’avenir a contribué à l’augmentation de la sécurité des semences, alimentaire et économique pour 26 046 fermes familiales de petite taille dans ces régions. Grâce au projet, les petites fermes produisent plus de fruits, de légumes et d’autres plantes cultivées, et fournissent de la nourriture aux familles qui vivent dans la pauvreté. Plus de 100 groupes de femmes et près de 40 coopératives menées par des jeunes ont surmonté de nombreuses barrières pour finalement faire une entrée couronnée de succès sur le marché. Les données récoltées prouvent que le projet a nettement amélioré les moyens de subsistance, et mené à une meilleure alimentation, une résilience accrue aux changements climatiques et une augmentation de l’autonomie dans chaque communauté.

Ressources complémentaires

« Accès à la justice : un grand pas pour les Maliennes », Relations internationales Canada (janvier 2019).

Accord pour la paix et la réconciliation au Mali

« Fin de la mission de soutien à la paix des Forces armées canadiennes au Mali », Ministère de la Défense nationale – Gouvernement du Canada (31 août 2019).

« L’enagement du Canada au Mali », Relations internationales Canada.

« Le Mali depuis l’indépendance », Encyclopédie Universalis.

« Mali/Tauregs (1960–present) », University of Central Arkansas (en anglais seulement).

« MINUSMA », Nations Unies Maintien de la paix.

« Opération Présence », Ministère de la Défense nationale – Gouvernement du Canada.

« Opération Serval », Ministre des Armées de France.

« Pays contributeurs en soldats et policiers », Nations Unies Maintien de la paix.

« Plan d’action national du Canada pour les femmes, la paix et la sécurité », Relations internationales Canada.

« Pourquoi une politique d’aide internationale féministe ne laisse personne de côté », Relations internationales Canada (15 juin 2023).

« Security Council Establishes Peacekeeping Force for Mali Effective 1 July, Unanimously Adopting Resolution 2100 (2013) », Nations Unies (25 avril 2013) (en anglais seulement).

« Soutien aux opérations françaises au Mali », Ministère de la Défense nationale – Gouvernement du Canada.

« World Report 2013: Mali  », Human Rights Watch (en anglais seulement).