Citez

Missions canadiennes de l’Organisation des Nations Unies à Haïti

Les années 1990 et de 2004 à aujourd’hui

Par : Patrick-Aurel Fournier

Patrick-Aurel Fournier

Historien contributeur

Patrick-Aurel Fournier est diplômé en histoire et en justice pénale de l’Université Nipissing et complète son baccalauréat en éducation et termine sa maîtrise en histoire avec sa recherche intitulée : « Poppy Ville: The Commemorative Transformation of Welberg, Netherlands, 1945-2021 ». Pat a toujours eu une profonde passion pour l’histoire, plus particulièrement pour les raisons et les méthodes derrière les commémorations. En 2019, Pat a été sélectionné comme 1 des 7 guides canadiens pour travailler au Centre Juno Beach en Normandie, en France; lors du 75e anniversaire du débarquement du Jour J. Né et élevé dans le Nord de l’Ontario et vivant présentement à North Bay; Il espère un jour commencer à enseigner dans la région et aider à nourrir l’amour et la curiosité pour l’histoire comme l’ont suscité en lui ces éducateurs précédents. Pat est extrêmement enthousiaste à l’idée de pouvoir aider DMC à partager l’histoire de notre pays et espère susciter la curiosité et la passion dans ses lecteurs.

Les dissentions politiques qui sévissent à Haïti culminent en 1991. Jean-Bertrand Aristide est élu président à la fin de 1990 avec 67 % des votes; l’Organisation des Nations Unies (ONU) et l’Organisation des États américains (OEA) espèrent que cette nouvelle ère politique marque la fin d’une longue période de dictature et d’instabilité politique et le début d’une démocratie et de progrès économiques et sociaux. Bien au contraire, le président Aristide est forcé à s’exiler à la suite du coup d’état perpétré par le lieutenant-général Raoul Cédras et les forces armées d’Haïti (FAd’H) en septembre 1991.

Canadian and Argentinian peacekeepers on foot patrol in Gonaives, Haiti following the overthrow of the country’s first democratically elected president, Jean-Bertrand Aristide. Image courtesy of the Canadian Department of National Defence.

Entre 1991 et 1993, l’ONU et l’OEA dénoncent régulièrement les forces armées d’Haïti et leurs opérations et exigent la restitution du président Aristide et la remise du pouvoir entre les mains d’un gouvernement démocratique. L’ONU et l’OEA imposent de nombreux embargos à Haïti pour amener les forces armées à se soumettre à leurs demandes. Les deux organismes collaborent pour mettre en place une mission humanitaire afin de s’assurer que les droits de la personne du peuple haïtien sont respectés. Pour y arriver, ils lancent des campagnes d’information et d’éducation sur les droits de la personne.

Police civile

Les membres de la police civile ou de l’ONU sont des officiers de police nationale qui servent auprès de l’Organisation des Nations Unies pendant une période donnée. Leur rôle consiste à renforcer ou remettre sur pied les services de police locaux et de mettre en place les conditions pour une paix durable et le développement. Pour plus d’informations, cliquez ici.

En septembre 1993, le Conseil de sécurité de l’ONU (CS) autorise la création de la Mission des Nations Unies à Haïti (MINUHA) : près de 1 300 agents de police civile et de membres du personnel militaire seront dépêchés à Haïti pour aider à moderniser les forces armées d’Haïti et mettre sur pied une nouvelle force policière. Le Canada s’engage à envoyer 500 membres du personnel des forces armées canadiennes (FAC) pour participer à cette mission; parmi eux, nous comptons principalement des ingénieurs et des officiers de police civile. Or, la mission se heurte à de la résistance et doit ralentir ses opérations le 11 octobre 1993 lorsqu’un navire de l’ONU est accueilli par des attachés, soit des civils armés, qui les forcent à rebrousser chemin.

Le Conseil de sécurité de l’ONU met moins d’une semaine pour créer une force multinationale chargée d’imposer un embargo strict sur le pétrole, le carburant et les armes à Haïti, un embargo qui implique d’intercepter et d’inspecter tous les navires et bateaux qui voguent en direction d’Haïti afin d’en vérifier le cargo et la destination. Trois navires de guerre canadiens sont affectés à cette Force multinationale; ils participent et maintiennent l’embargo jusqu’à la mi-décembre, moment à partir duquel une série de navires de guerre canadiens viennent les remplacer. Les  marins canadiens procèdent à près de 1 400 abordages armés et empêche 119 bateaux d’effectuer des livraisons à Haïti pendant la période de l’embargo qui prend fin le 29 septembre 1994.

Pendant l’été 1994, la mission conjointe de l’ONU et de l’OEA dénonce une augmentation alarmante de violence et d’enfreintes aux droits de la personne sur le territoire haïtien; parmi les actes dénoncés, nous comptons des enlèvements par les forces de l’ordre, des exécutions extrajudiciaires et des morts suspectes. Le Conseil de sécurité de l’ONU autorise donc la force multinationale à entrer en sol haïtien et à réinstituer Aristide au pouvoir et ce, peu importe les moyens. La Force multinationale ne rencontre aucune résistance lorsqu’elle atterrit à Haïti en septembre. Le président Aristide reprend le contrôle du gouvernement et la MINUHA reprend ses activités.

Près de 500 membres des FAC arrivent à Haïti en mars 1995. Ce groupe est composé du personnel de soutien de l’aviation, du génie, du transport et de l’administration; leur rôle est de fournir du soutien logistique et aux projets de construction de la mission de l’ONU. Le Canada bonifie sa contribution en mars 1996 en envoyant un contingent de 750 personnes pour remplacer les forces arrivées l’année précédente. Ce groupe est quant à lui composé de personnel spécialisé en logistique, des soldats d’infanterie, des ingénieurs et un escadron d’hélicoptères. Lorsque le président Aristide demande à l’ONU de maintenir son rôle de maintien de la paix en Haïti et de continuer à soutenir la police nationale d’Haïti, l’ONU modifie les paramètres de sa mission initiale pour concentrer ses efforts sur les activités de soutien. Ce nouveau mandat engendre la création de la Mission d’appui des Nations Unies en Haïti (MANUH) et ses opérations se prolongent jusqu’en juillet 1997. Les FAC soulignent le début de la MANUH avec l’envoi d’un nouveau contingent de 750 militaires : un bataillon de reconnaissance, une troupe de sapeurs pour des projets de génie de campagne et de génie construction, un escadron d’hélicoptères utilitaires de transport tactique pour le transport et les urgences, un groupe logistique pour le soutien de l’opération canadienne, un peloton de police militaire pour le maintien de la paix et une équipe de soutien à l’information militaire pour la diffusion de l’information à la population haïtienne.

Le Canada prête une fois de plus main forte à l’Organisation des Nations Unies lorsque cette dernière met en œuvre la Mission de transition des Nations Unies en Haïti (MITNUH) dont le mandat de quatre mois s’étend d’août à novembre 1997. Cette mission dépêche un total combiné de 650 membres de la police civile et de personnel militaire, incluant notamment le brigadier-général Robin Gagnon. La Mission de police civile des Nations unies (MIPONUH) succède à la MITNUH et ses activités se déroulent de décembre 1997 à mars 2000. Cette nouvelle mission a pour mandat de continuer de prêter assistance au gouvernement haïtien pour professionnaliser la force policière nationale. 300 membres de la police civile provenant de 11 pays, dont le Canada, participent à cette mission. Les FAC fournissent 6 transports de troupes blindés et jusqu’à 11 membres de personnel de soutien (instructeurs de conduite et préposés à l’entretien). À la fin de la MITNUH, l’ONU ne ressent pas le besoin de remplacer ou de renouveler sa mission en Haïti, marquant ainsi la fin d’une décennie d’interventions de l’ONU en Haïti.

Engagements ultérieurs de l’ONU en Haïti

Une révolte en Haïti fracasse l’ordre établi en 2004; Boniface Alexandre, le nouveau président intérimaire, sollicite à nouveau à l’ONU pour obtenir de l’aide dans le but de rétablir la paix et la sécurité dans le pays. L’ONU répond rapidement à sa demande en dépêchant une force multinationale intérimaire. Le Canada envoie 500 militaires, notamment des officiers d’état-major, des soldats d’infanterie, des escadrons d’hélicoptères et du personnel de soutien. En juin 2004, les opérations de la force multinationale intérimaire sont réévaluées pour donner lieu à la création de la Mission des Nations Unies pour la stabilisation en Haïti (MINUSTAH), dont fait partie le Canada. Les FAC envoient un contingent de personnel militaire qui participe aux opérations de secours d’urgence dans le sud-est d’Haïti après que des pluies torrentielles aient frappé la région : les équipes de l’escadron d’hélicoptères livrent de la nourriture, de l’eau et d’autres types de secours aux civiles. Marc Vaillancourt, un soldat des FAC, se remémore à quel point les forêts coupées à blanc décuplent l’impact des fortes pluies et mettent en péril les terres agricoles et les ressources alimentaires :

[TRADUCTION] C’était à l’origine un très bel endroit. Malheureusement, ils ont tout coupé à blanc. Tous les arbres ont disparu, du pied des collines à leur cime. Chaque soir, la pluie tombe du ciel en trombes d’eau qui entraînent la couche arable de terre du haut des collines en cascades qui se déversent dans les rues des villes et des villages jusque dans la mer. Il ne reste rien de la couche arable. Les habitants ne peuvent rien faire pousser. La belle terre arable riche en minéraux qui sert à l’agriculture a été balayée dans la mer et menace désormais les récifs de corail, ce qui repousse les bancs de poissons de plus en plus loin des côtes, en haute mer, là où leurs petits bateaux de pêche ne peuvent pas se rendre pour pêcher.

Dans le cadre de l’opération Hamlet, le Canada accepte d’envoyer jusqu’à 100 officiers de police tous les ans en Haïti. Les FAC mettent sur pied une force tactique conjointe composée de près de 2 050 militaires d’infanterie au sol, d’aviation et de la marine à la suite du séisme de magnitude 7 qui frappe le pays en janvier 2010.

Depuis 2017, l’ONU a effectué plusieurs missions en Haïti dans le but de promouvoir et de protéger les droits de la personne des habitants et de continuer à soutenir le développement de la police nationale d’Haïti et la solidification des systèmes judiciaire et carcéral. Vingt-cinq officiers de police canadiens participent à la Mission des Nations unies pour l’appui à la justice en Haïti (MINUJUSTH) entre 2017 et 2019. Depuis la création du Bureau intégré des Nations Unies en Haïti (BINUH) en juin 2019, les officiers de police canadiens continuent de faire progresser la stabilité politique, d’aider à rétablir un climat paisible et stable et de promouvoir et protéger les droits de la personne dans les quatre coins du pays. En date du mois de mars 2021, quatre officiers de police canadiens travaillent toujours à partir du Bureau intégré.

Membre des Forces armées canadiennes dans un hélicoptère surveillant Port-au-Prince, Haïti. Image reproduite avec l’aimable autorisation du Ministère Canadien de la Défense nationale.

Le caporal-chef Joseph Vital André Lavallée

Lorsque le mandat de la MINUHA est prolongé jusqu’en septembre 1996, le caporal-chef Joseph Vital André Lavallée fait partie du nouveau contingent de personnel militaire canadien qui est envoyé. De mars à septembre 1996, le caporal-chef Joseph Vital André Lavallée et ses camarades des FAC sont amenés, dans le cadre de l’opération Standard, à jouer une variété de rôles de soutien en Haïti, notamment assurer la protection et le soutien au contingent grâce à un peloton de la police militaire, fournir des services de reconnaissance aux bataillons d’infanterie  pour effectuer des patrouilles et d’autres opérations.

À la suite de l’élection générale de 1995 qui porte René Préval au poste de président, le pays a des besoins accrus en matière de sécurité et de stabilité. Assigné aux effectifs de l’opération Standard, le caporal-chef Lavallée est nommé commandant de section d’un groupe de contre-embuscade; ce groupe est chargé d’instaurer un sentiment de sécurité et de stabilité tout en maîtrisant les unités rebelles. Du 3 mai au 3 juin 1996, Lavallée mène ses opérations à partir du Palais national situé à Port-au-Prince, où il se démarque par son éthique de travail et un professionnalisme exceptionnel. Lors d’une visite du président Préval au Palais national à la fin mai, Lavallée fait preuve d’un courage immense et d’un sens aigu d’initiative avec les membres de la section qu’il commande : ses hommes et lui réussissent à empêcher près de 1 000 personnes de pénétrer dans le palais. Lavallée voit son courage et son dévouement à assurer la protection de Préval et du contingent de l’ONU loués. Le 26 novembre 1997, il reçoit la Médaille du service méritoire pour les services rendus et les sacrifices encourus en Haïti. 

Ressources complémentaires

« Caporal-chef Joseph Vital André Lavallée », Bureau du secrétaire de la gouverneure générale du Canada.

« Casques bleus canadiens en Haïti », Encyclopédie canadienne.

« Effects on Environment » de la galerie de vidéos du site des Anciens combattants Canada (20 juin 2019) (en anglais seulement).

« Haïti 1974–2010 », Anciens combattants Canada.

« Historique des missions de soutien des Nations Unies », MINUSTAH – Organisation des Nations Unies.

« Mission des nations unies en Haïti (MINUHA) », Ministère de la Défense nationale – Gouvernement du Canada (11 décembre 2018).

« Mission des Nations Unies pour la stabilisation en Haïti (MINUSTAH) – Restaurer un environnement sûr et stable », Nations Unies pour le maintien de la paix.

« Qui nous sommes », Organisation des États Américains.

« United Nations Mission in Haiti (UNMIH) – Contexte dans sa version complète », Organisation des Nations Unies (en anglais seulement).

« United Nations Support Mission in Haiti (UNSMIH) – Facts and Figures », Organisation des Nations Unies (en anglais seulement).

« United Nations Transition Mission in Haiti », Organisation des Nations Unies (en anglais seulement).