Citez

Missions canadiennes de l’Organisation des Nations Unies au Congo et en République démocratique du Congo

1960 à aujourd’hui

Par : Patrick-Aurel Fournier

Patrick-Aurel Fournier

Historien contributeur

Patrick-Aurel Fournier est diplômé en histoire et en justice pénale de l’Université Nipissing et complète son baccalauréat en éducation et termine sa maîtrise en histoire avec sa recherche intitulée : « Poppy Ville: The Commemorative Transformation of Welberg, Netherlands, 1945-2021 ». Pat a toujours eu une profonde passion pour l’histoire, plus particulièrement pour les raisons et les méthodes derrière les commémorations. En 2019, Pat a été sélectionné comme 1 des 7 guides canadiens pour travailler au Centre Juno Beach en Normandie, en France; lors du 75e anniversaire du débarquement du Jour J. Né et élevé dans le Nord de l’Ontario et vivant présentement à North Bay; Il espère un jour commencer à enseigner dans la région et aider à nourrir l’amour et la curiosité pour l’histoire comme l’ont suscité en lui ces éducateurs précédents. Pat est extrêmement enthousiaste à l’idée de pouvoir aider DMC à partager l’histoire de notre pays et espère susciter la curiosité et la passion dans ses lecteurs.

Au moment du « partage de l’Afrique », cette époque où les puissances de l’Europe se précipitent en Afrique pour coloniser et se diviser les territoires, nous sommes alors à la fin du 19e siècle et au début du 20e siècle; le roi Léopold II de Belgique entreprend de coloniser la République démocratique du Congo et d’en faire son bien personnel en 1885. Après avoir subi d’innombrables torts et souffrances pendant les 75 ans de la période coloniale, le Congo s’émancipe de la Belgique le 30 juin 1960. La transition de l’état de colonie à celle de nation indépendante nourrit les espoirs d’un avenir prospère et clément, mais c’est un cheminement des plus ardus qui attend le Congo. Une fois que le Congo déclare son indépendance, les dirigeants colonialistes de la Belgique n’ont pas prévu de transférer le pouvoir à un nouveau gouvernement. Le chaos et l’instabilité font rapidement rage et les Congolais doivent surmonter des conflits politiques internes, des mouvements de mutinerie dans l’armée, des épisodes de famine, des tensions entre les tribus et une vague de violence qui terrasse tout le pays. C’est à ce moment que la Belgique alimente un climat déjà difficile en renvoyant ses troupes au Congo et ce, sans l’accord du gouvernement congolais, pour protéger les citoyens belges qui y habitent toujours et rétablir l’ordre et la loi.

Le 12 juillet 1960, à peine deux semaines après avoir déclaré son indépendance, le gouvernement congolais de demande aux Nations unies de lui prêter main forte en envoyant du soutien militaire. Cette demande est formulée dans le but de protéger le territoire national du Congo contre les agressions externes et internes. L’Opération des Nations unies au Congo (ONUC) commence donc deux jours plus tard.

Au cours des quatre ans que durent la mission de l’ONUC, plus de 20 000 membres de l’Organisation des Nations Unies viennent offrir du soutien au Congo, un nombre qui comprend plus de 300 Canadiens. Les Forces armées canadiennes (FAC) mettent en œuvre plusieurs opérations pour venir en aide aux habitants aux prises avec les conflits et la violence. Deux escadrons de transport de l’aviation royale canadienne (ARC) sont initialement dépêchés et chargés de transporter des réfugiés hors du Congo et d’y amener des fournitures et denrées pour les forces de l’ONUC. C’est au cours d’une des missions de transport aérien que Ron Knapton, adjudant-chef de l’ARC, fait une expérience inusitée : en marchant dans les hautes herbes à éléphants, il se rappelle avoir eu froid dans le dos en entendant des bruissements tout près de lui :

… tu marches pour revenir vers ta villa et tu entends quelque chose qui fait bruisser les herbes hautes sans en connaître la cause. C’est à des moments comme celui-là où tu sens les poils se hérisser sur ton échine; tu ne sais pas ce qui se terre dans les herbes, ce qui peut bien s’y cacher. Ça pourrait être n’importe quoi. Il pourrait s’agir d’un petit rongeur qui se fraie un chemin dans les herbes, mais ça pourrait également est un animal de plus grande taille. C’est là que tu as une petite frousse et que l’inquiétude te prend à la gorge.

adjudant-chef de l’ARC, Ron Knapton

L’ARC œuvre également dans la province du Katanga, pour appuyer les opérations de maintien de la paix de l’ONU qui cherche à réintégrer la province dissidente avec des forces militaires contre les gendarmes qui tentent de garder les unités gouvernementales rebelles au pouvoir. Le succès des missions dans la province de Kitanga permet à l’ONU de commencer à rapatrier ses troupes do Congo en février 1963. En 1964, la totalité des forces de l’ONU ont alors quitté le Congo, ce qui marque la fin de la mission de l’ONUC. Au cours des quatre années qu’ont duré la mission, les troupes de l’ONU ont perdu 245 militaires, dont deux Canadiens : le sergent d’état-major Joseph Paul Come Marquis et le sergent R.H. Moore.

Bien que la mission de l’ONUC ait pris fin en 1964, le Congo est loin de profiter d’un environnement stable où règne l’ordre civil. Le pays continue de souffrir des enjeux découlant de problèmes non résolus à partir de la crise de 1960 et qui perdurent trois décennies plus tard pour donner lieu à la Première guerre du Congo (1996 et 1997). Aussi connue sous le nom guerre de libération de l’Afrique, ces affrontements sont marqués par le renversement du pouvoir autoritaire de Mobutu Sese Seko par Laurent Kabila, le chef du mouvement communiste. Moins de deux ans après avoir pris le contrôle du pouvoir au Congo, qui s’appelle désormais la République démocratique du Congo, Kabila prend part à la Seconde guerre du Congo avec le Rwanda et l’Ouganda, anciennement alliés devenus ennemis. Ce conflit est le théâtre de nombreuses luttes internes et d’alliances rompues; l’impasse qui les caractérise mène à la signature de l’accord de cessez-le-feu de Lukasa en juillet 1999.

Kinshasa, RDC. 9 juin 2007 – Le major Louis Xenos est accueilli par les villageois d’une petite communauté située sur une île du fleuve Congo, près de la ville de Kinshasa, en RDC. Image reproduite avec l’aimable autorisation du « Opération Crocodile galerie d’images« , Ministère de la Défense nationale – Gouvernement du Canada.

L’ONU intervient de nouveau au Congo après la signature de l’accord de Lukasa; en fait, les missions militaires qu’elle y mène sont aujourd’hui encore en cours. Dans le cadre de la Mission de l’Organisation des Nations Unies en République démocratique du Congo (MONUC), les Forces armées canadiennes (FAC) offre un appui précieux dans le cadre de l’opération Crocodile : elles déploient des soldats experts des opérations militaires et l’instruction chargés de protéger les civiles et de suivre les progrès de l’interdiction de porter une arme en vigueur dans tout le pays.

Les FAC prennent également part à l’opération Caravan au cours de l’été 2003. Pendant cette mission qui ne dure qu’un mois, deux aéronefs de transport et environ 50 soldats effectuent 50 vols dans la République démocratique du Congo au cours desquels ils transportent 545 membres des forces et livrent plus de 490 000 kilogrammes de marchandises aux membres de l’ONU et des civiles des régions.

Goma, RDC. 10 mars 2011 – Un garde forestier de l’Institut Congolais pour la conservation de la nature (ICCN) et M. Balemba Balagizi, responsable du programme Briquettes pour le Parc national des Virunga, expliquent l’utilité des briquettes et comment les utiliser à un membre canadien de la Task Force République démocratique du Congo de l’opération CROCODILE. Image reproduite avec l’aimable autorisation du « Opération Crocodile galerie d’images« , Ministère de la Défense nationale – Gouvernement du Canada.

Le 1er juillet 2010, l’ONU change le nom de la mission pour Mission de l’Organisation des Nations Unies pour la stabilisation en République démocratique du Congo (MONUSCO). À ce jour, le Canada est au 8e rang des nations les plus investies dans la MONUSCO en matière de contributions à la police militaire avec 24 missions accomplies; neuf membres des FAC sont toujours en poste en RDC. Depuis le début des opérations de l’ONU en 1960, plus de 2 500 Canadiens ont participé aux efforts et aux activités de maintien de la paix du Congo. Pour la colonelle et sous-cheffe d’état-major Maureen Wellwood, l’implication du Canada pendant des années dans la MONUSCO a permis aux forces armées de rendre justice aux nombreuses victimes de la RDC. « C’est crucial de pouvoir contribuer à rétablir la paix dans un aussi beau pays. » La mission MONUSCO est toujours en cours et tente de stabiliser le gouvernement de la RDC et de rétablir la paix dans toute la région.

Le lieutenant-colonel Paul Augustus Mayer, retraité MBE, M.G., CD

Lieutenant-colonel Paul A Mayer, OBE, GM, CD. Image provenant de The MilArt Blog.

Le lieutenant-colonel Paul Augustus Mayer, un des membres des FAC, a reçu des accolades et des décorations pour avoir fait acte de bravoure et de compétences lors de la mission de l’ONUC. Né le 17 décembre 1916 à Santiago, au Chili d’un père militaire et d’une mère cantatrice et comtesse française, il semble tout indiqué pour le pour le jeune Paul de se lancer à son tour dans une carrière militaire puisque son père était colonel dans l’artillerie de campagne royale de la Grande-Bretagne. En raison de graves préoccupations de santé, Paul Mayer décide, à l’âge de 17 ans, de déménager au Canada où il va habiter sur une ferme laitière, un milieu qui lui permet de recouvrer sa santé. En 1938, alors que les rumeurs de la guerre se font entendre en Europe et partout dans le monde, il joint les rangs du régiment Algonquin et est nommé officier lorsque le Canada déclare la guerre à l’Allemagne en 1939. Il mène des combats en France, en Belgique, aux Pays-Bas et en Allemagne; il s’est vu décerner l’Ordre du chevalier de Léopold II de Belgique et la Croix de guerre en France en 1940.

Paul Mayer a également servi pendant la Guerre de Corée (1950 à 1953) et a été fait membre de l’Ordre de l’Empire britannique (MBE). Par la suite, en 1959, il a œuvré auprès de la Commission internationale de surveillance et de contrôle en Indochine à titre de conseiller militaire. En 1963, Paul Mayer est désormais lieutenant-colonel; c’est un soldat décoré du régiment d’infanterie The Canadian Guards avec 17 décorations et médailles militaires obtenues de pays comme la Grande-Bretagne, la Belgique, le Canada et la France. Pendant la mission de l’ONUC, il a été chargé de planifier et de mener une mission de sauvetage en hélicoptère pour évacuer des missionnaires de la province de Kwilu au Congo. Dans son autobiographie intitulée I’ve Had a Good Innings (J’ai bien profité de ce que la vie m’a apporté, traduction libre), il décrit la grande peur que cette mission lui a fait ressentir. Encerclé par des membres de la Jeunesse, l’armée rebelle congolaise, qui le frappent à coup de bâton sur la tête, il a failli recevoir une balle en pleine poitrine et s’en est sorti uniquement parce que le pistolet du rebelle s’est enrayé. Il s’échappe de justesse pour rejoindre l’hélicoptère et sauver les missionnaires. Il reçoit, le 28 juin 1964, la médaille de George pour la bravoure dont il a fait preuve lors de cette mission et à de nombreuses autres occasions pendant lesquelles il a réussi à sauver un peu moins de 500 enfants et une centaine d’enseignants et de missionnaires.

En 1965, Paul Mayer prend en charge le rôle de conseiller militaire auprès du secrétaire général de l’ONU et est dépêché en République dominicaine. Il y sert pendant 3 ans et échappe une fois de plus à la mort avant de prendre sa retraite des FAC en 1968. Il épouse Pamela McDougall en 1987 et passe le reste de sa vie auprès de sa famille. Il décède le 5 juillet 2006 à l’hôpital Montfort d’Ottawa à l’âge de 89 ans. Les membres de sa famille et les membres des forces armées aux côtés desquels il a travaillé gardent de très bons souvenirs de lui. En 2017, un nouveau Centre de formation pour le soutien de la paix pour les membres des FAC et du personnel militaire allié est inauguré à Kingston, en Ontario et il porte le nom de Mayer, un soldat qui a fait une différence dans la vie de milliers de personnes.

Ressources complémentaires

« Avis de décès de Paul-A. Mayer », MesAïeux.com (2006) (en anglais seulement).

« Congo – Les Forces armées canadiennes en République démocratique du Congo », Anciens combattants Canada (03 avril 2019).

Denis Tougas, « À qui profite la guerre en RDC? », magazine Relations, (novembre 2000).

« Elephant Grass », Anciens combattants Canada (20 juin 2019) (en anglais seulement).

« Histoires liées au conflit aux opérations des FAC (Congo) », dans « Le Congo : Depuis 1960 », Anciens combattants Canada.

« Le Canada et la Guerre de Corée », Ministère de la Défense nationale – Gouvernement du Canada (22 février 2018).

Mayer, Paul, A. I’ve Had a Good Innings (Maison d’édition General Store, 2006) (en anglais seulement).

McCreery, Christopher. L’Ordre du mérite militaire (Ministère de la Défense nationale – Gouvernement du Canada, 2012).

Mfalamagoha, Novat. United Nations Peacekeeping Mission in the Republic of Congo: Success and Challenges in Protecting Civilians (LAP Lambert Academic Publishing, 2011) (en anglais seulement).

« Notre histoire », Maintien de la paix – Nations Unies.

« Opération des FAC : Le Congo depuis 1960 », Anciens combattants Canada.

« Opérations des Nations unies au Congo (ONUC) », Ministère de la Défense nationale – Gouvernement du Canada.

« Opération Caravan », Ministère de la Défense nationale – Gouvernement du Canada (le 20 septembre 2013).

« Opération Crocodile », Ministère de la Défense nationale – Gouvernement du Canada (le 7 avril 2018).

« Un nouveau Centre de formation pour le soutien de la paix prépare les membres des FAC et du personnel allié pour des opérations de soutien de la paix », Ministère de la Défense nationale – Gouvernement du Canada (le 3 novembre 2017).

« UN Peacekeeping Service and Sacrifice: Thank You Canada », UN Web TV (4 février 2022) (en anglais seulement).