Citez

Guerre de Corée

Mise en contexte 

Par : Brad St. Croix

Brad St. Croix

Historien contributeur

Brad St. Croix est historien et chercheur indépendant. Il a obtenu son doctorat en histoire à l’Université d’Ottawa. Sa thèse portait sur l’héritage de la bataille de Hong Kong au Canada. Il a également écrit de nombreux articles pour le Centre Juno Beach et le Canadian Military History Journal. Il a travaillé sur des projets d’histoire publique avec plusieurs organisations, notamment la Fondation de l’ARC, le Royal Canadian Regiment Museum, le Musée canadien de la guerre et le Projet 44. Il gère les comptes de médias sociaux et la chaîne YouTube de l’OTD Military History.

Introduction

Panneau portant la phrase suivante : [TRADUCTION]  » Attention, 38e degré de latitude nord, 100 mètres au nord « . 1951. Image reproduite avec l’aimable autorisation de l’Organisation des Nations unies pour la photographie.

Le 25 juin 1950, les forces armées de la République populaire démocratique de Corée (Corée du Nord) franchissent le 38e parallèle pour envahir la République de Corée (Corée du Sud). Ce même jour, le Conseil de sécurité de l’Organisation des Nations unies (ONU) réagit à l’invasion en adoptant la résolution 82, qui réclame la cessation immédiate des hostilités et le repli de l’armée nord-coréenne au-delà du 38e parallèle. 

Comment une guerre civile de petite envergure a-t-elle pu dégénérer en un conflit international impliquant le déploiement des troupes canadiennes en Asie de l’Est pour la première fois depuis la bataille de Hong Kong en 1941? Pour répondre à cette question, nous devons situer la Corée sur l’échiquier géopolitique mondial et suivre son évolution au cours des années 1940 jusqu’en 1950. 

Système de tutelle

La tutelle est un système visant le contrôle d’une ancienne colonie ennemie pour assurer l’indépendance et l’autonomie gouvernementale futures de son peuple.

Autrefois une nation unie, colonisée par le Japon en 1910, la Corée devient le point de mire de la conférence de Yalta en février 1945. Pressentant leur victoire qui mettra fin à la Seconde Guerre mondiale, les dirigeants alliés y sont réunis pour déterminer le découpage de l’Europe. Comme elle partage une frontière avec la Corée, l’Union soviétique tente de contrôler la péninsule en l’absence de la puissance japonaise. Au terme d’intenses débats, Joseph Staline consent à engager l’Union soviétique dans une guerre contre le Japon – les autres puissances alliées sont alors toutes en guerre contre le Japon depuis la fin de 1941. De plus, il accepte de soutenir un système de tutelle en Corée au lendemain de la guerre – une idée du président américain, Franklin Roosevelt. Après la défaite nippone, les États-Unis et l’Union soviétique assureraient chacun la tutelle d’une moitié de la Corée.

Alors que la Seconde Guerre mondiale tire à sa fin, les forces soviétiques atteignent le nord de la Corée (après avoir envahi la Mandchourie occupée par le Japon). De leur côté, les troupes américaines débarquent dans le sud pour obtenir la reddition des troupes japonaises. Les Américains et les Soviétiques partitionnent la péninsule coréenne en deux en plaçant la ligne de démarcation sur le 38e parallèle : le nord passe sous le contrôle soviétique et le sud sous celui américain. Cette partition visait à réunifier les deux Corées pour former un seul État après la tenue d’élections libres. Cet objectif n’a guère été atteint. 

Franklin D. Roosevelt, Winston Churchill et Jospeh Staline au palais de Livadia à Yalta, le 9 février 1945. Image reproduite avec l’aimable autorisation du Catalogue des archives nationales américaines.

Des relations internationales tendues 

Le contrôle dictatorial de Rhee sur la Corée du Sud a pris fin en 1960 à la suite de la Révolution d’avril, lorsque des protestations d’étudiants contre les fraudes électorales ont demandé la démission de Rhee. Un grand nombre de démonstrateurs ont été tués en essayant de réprimer les mouvements de protestation. L’Assemblée nationale a voté à l’unanimité la destitution de Rhee, qui a démissionné le 27 avril 1960 et s’est exilé à Hawaï.

Après la résignation de Rhee, le gouvernement de la Corée du Sud a été marqué par l’instabilité, par des coups d’État militaires, des assassinats et d’autres gouvernements répressifs. À la fin des années 1980, des réformes ont commencé à être mises en œuvre et Kim Young-Sam est devenu le premier président civil depuis plus de trente ans.

Les relations entre les Soviétiques et les Américains se détériorent rapidement à la fin de la Seconde Guerre mondiale au point qu’aucune des deux parties n’est disposée à tolérer une situation susceptible de profiter à son adversaire en Corée. Les tentatives de parvenir à un accord d’unification de la péninsule et les négociations menées pendant un an et demi en vue de constituer un gouvernement intérimaire représentatif se soldent toutes par un échec. Par conséquent, les deux Corées commencent à mettre en place des gouvernements qui leur sont favorables dans les régions qu’elles contrôlent. 

Portrait du Dr Syngman Rhee, vers 1939. Crédit photo : Harris & Ewing. Avec l’aimable autorisation de la Bibliothèque du Congrès.

Cédant à la pression américaine, l’ONU supervise les élections partielles tenues en mai 1948 dans la partie sud seulement, aboutissant à la formation de la Corée du Sud quelques mois plus tard, en août. L’Union soviétique favorise la création de la Corée du Nord en septembre 1948. Toutefois, les deux gouvernements revendiquent la souveraineté sur l’ensemble de la Corée.

Le président Syngman Rhee instaure en Corée du Sud un régime répressif, dictatorial et anticommuniste, tandis que, en Corée du Nord, le chef de la guérilla Kim Il Sung impose le modèle stalinien. Le stalinisme prône un régime autoritaire, une économie contrôlée par l’État, l’emploi de la terreur comme système de gouvernement et le culte de la personnalité du chef. C’est ce régime qui prévaut toujours en Corée du Nord. La mise en place des gouvernements officiels dans les deux Corées incite les troupes américaines et soviétiques à amorcer leur retrait à la fin de l’année 1948.

Après le franchissement du 38e parallèle par la Corée du Sud 

Qui, parmi les dirigeants communistes (Joseph Staline, Mao Zedong et Kim Il Sung), a eu l’idée d’envahir la Corée du Sud? Cette question a suscité tout un débat. Il s’avère en fin de compte que la responsabilité de l’invasion incombe à Kim Il Sung. Au cours de l’année 1949, il quémande le soutien de Staline pour envahir la Corée du Sud. Lors d’une réunion en avril 1950, Kim Il Sung sait qu’il obtiendra le soutien de Staline si Mao Zedong, le dirigeant communiste chinois, l’approuve. Peu après, en mai, Kim rencontrera Mao en Chine, qui lui offrira un soutien pour l’invasion[i]. Le 25 juin 1950, la Corée du Nord lance diverses attaques le long du 38e parallèle selon une stratégie bien définie qui aboutit à l’invasion de la Corée du Sud.

Kim Il-Sung parle au cours d’un rassemblement pour les élections locales en Corée du Nord, le 3 novembre 1946.

Le Conseil de sécurité des Nations Unies prend aussitôt des mesures pour soutenir la Corée du Sud. L’un des objectifs fondamentaux de l’ONU était de fournir aux pays une tribune de collaboration pour éviter la guerre, mais le conflit coréen allait mettre cette finalité à rude épreuve pour la première fois. Le jour même de l’offensive de la Corée du Nord, le Conseil de sécurité des Nations Unies adopte la résolution 82. Celle-ci appelle à une « cessation immédiate des hostilités » et « invite les autorités de la Corée du Nord à retirer immédiatement leurs forces armées sur le 38e parallèle »[ii]. Les dirigeants nord-coréens en font fi.

Deux jours après l’invasion, le 27 juin, le Conseil de sécurité des Nations Unies adopte une autre résolution, la 83, qui déclare que les actions de la Corée du Nord constituent « une rupture de la paix » et recommande aux membres de l’ONU d’apporter à la Corée du Sud « toute l’aide nécessaire pour repousser les assaillants et rétablir la paix » dans la péninsule coréenne[iii]. La résolution 83 sera adoptée par le Conseil de sécurité des Nations Unies par sept voix contre une. La République de Chine (basée à Taïwan), Cuba, l’Équateur, la France, la Norvège, le Royaume-Uni et les États-Unis voteront tous en faveur. L’Égypte, l’Inde et l’Union soviétique s’abstiendront. Seule la Yougoslavie votera contre[iv].

Il convient de noter que c’est en raison du boycottage soviétique que des mesures de défense de la Corée du Sud ont pu être adoptées par le Conseil de sécurité de l’ONU. En tant que membre permanent de celui-ci, l’Union soviétique pouvait exercer un droit de veto unilatéral à toute résolution. Six mois avant le vote de la résolution, elle avait quitté le Conseil de sécurité pour protester contre le refus d’inclure la République populaire de Chine parmi ses cinq membres permanents – l’ONU avait alors plutôt opté pour l’admission de la République de Chine, le régime établi à Taïwan, soutenu par les États-Unis. Parce que les communistes (dirigés par Mao Zedong) avaient vaincu les nationalistes lors de la guerre civile chinoise, les Soviétiques jugeaient que le siège permanent au Conseil de sécurité leur revenait de plein droit, et non à la République de Chine. Or, l’Union soviétique ne pouvait plus exercer son droit de veto sans mettre fin à son boycottage. C’est à cause de ce boycottage que l’ONU a accordé son soutien officiel à la Corée du Sud. 

Influence et réaction des États-Unis 

Portrait de Harry S. Truman. Image reproduite avec l’aimable autorisation du Catalogue des archives nationales américaines.

L’influence de la politique et de la doctrine américaines a été déterminante sur la réponse de l’ONU à l’invasion de la Corée du Sud par la Corée du Nord. Les postulats de la guerre froide ont dicté la réaction immédiate des dirigeants américains, acquis à l’idée que Staline avait ordonné l’invasion pour propager le communisme. Ne pas engager des troupes au sol, telle a été la réaction initiale du gouvernement américain. En effet, le président Harry S. Truman espérait qu’en apportant une aide essentiellement indirecte, l’armée sud-coréenne parviendrait à se défendre. Toutefois, l’intervention américaine s’est intensifiée à mesure que se concrétisait l’avancée nord-coréenne. Le 30 juin 1950, Truman envoie à contrecœur des troupes américaines en Corée après que le général Douglas MacArthur, commandant de l’occupation américaine au Japon, l’avise que la destruction de la Corée du Sud est inévitable si des forces militaires n’y sont pas déployées.

Les actions américaines entourant l’invasion de la Corée du Sud étaient guidées par la doctrine Truman, laquelle s’articule essentiellement autour d’une politique d’endiguement du communisme. En 1947, devant le Congrès américain, Truman s’engage à « soutenir les régimes démocratiques en opposition aux régimes autoritaires »[v]. Élaborée principalement pour réfréner l’expansion géopolitique de l’Union soviétique au début de la guerre froide, la doctrine Truman élargit alors sa portée aux autres puissances communistes, dont la Corée du Nord.

Le 7 juillet 1950, le Conseil de sécurité des Nations Unies créée le Commandement des Nations Unies (CNU), qui dirigera les forces de l’ONU en Corée. Le Conseil de sécurité demande à Truman de désigner le commandant des troupes de l’ONU. Le président nomme aussitôt le général MacArthur, qui soumettra périodiquement des rapports à l’ONU sur l’évolution de la guerre. Bien que la force soit placée sous la bannière de l’ONU, MacArthur relève directement de Truman et du commandement militaire américain. Le CNU demeure aujourd’hui une institution dirigée par l’armée américaine.

Vue générale du Conseil de sécurité lors de la session du 27 juin 1950, au cours de laquelle le Projet de résolution révisé -concernant la plainte d’agression contre la République de Corée- a été soumis au Conseil par le gouvernement américain, et adopté par un vote de sept contre deux, et deux abstentions. Image reproduite avec l’aimable autorisation des Nations unies photographie.

Réponse militaire de l’ONU

La réponse de l’ONU est le fruit du rassemblement de nombreuses nations internationales. Seize membres de l’ONU fournissent des troupes de combat. Les voici, dans l’ordre de leur déploiement en Corée : États-Unis, Royaume-Uni, Australie, Pays-Bas, Canada, France, Nouvelle-Zélande, Philippines, Turquie, Thaïlande, Afrique du Sud, Grèce, Belgique, Luxembourg, Éthiopie et Colombie. La sécurité collective pousse ces pays à envoyer des troupes de combat dans la péninsule coréenne. La Suède, l’Inde, le Danemark, la Norvège et l’Italie apportent plutôt un soutien médical et une aide humanitaire. Le CNU sera la première tentative mondiale de sécurité collective sous l’égide des Nations Unies.

Marines américains engagés dans des combats de rue lors de la libération de Séoul, vers la fin septembre 1950. Avec l’aimable autorisation de l’U.S. Naval History and Heritage Command.

Vue d’ensemble de la guerre de Corée

L’avancée initiale de la Corée du Nord en Corée du Sud est couronnée de succès. Séoul, la capitale de la Corée du Sud, tombe aux mains des forces nord-coréennes le 28 juin 1950. Celles-ci, munies d’armes et de véhicules soviétiques, repoussent aisément les Sud-Coréens, légèrement armés. Peu après, les forces américaines et sud-coréennes sont acculées dans le périmètre de Pusan (aujourd’hui Busan). Le 15 septembre 1950, les forces américaines débarquent à Inchon, derrière les lignes de la Corée du Nord. Ce débarquement surprise permet aux forces de l’ONU à Pusan de se dégager et de forcer les Nord-Coréens à se replier au-delà du 38e parallèle. 

Les forces de l’ONU pénètrent alors en Corée du Nord et, en novembre 1950, atteignent la frontière chinoise à la hauteur du fleuve Yalu. L’Armée des volontaires du peuple chinois riposte et attaque les forces de l’ONU, les repoussant au sud de Séoul au début de l’année 1951. La contre-offensive des Nations Unies au printemps 1951 permet d’éloigner les forces chinoises et nord-coréennes hors de Séoul; les combats se concentrent alors principalement autour du 38e parallèle. C’est au cours de cette offensive que les soldats canadiens du 2e bataillon du régiment Princess Patricia’s Canadian Light Infantry livrent un combat dans les collines surplombant la vallée de la rivière Kapyong. Le 2e bataillon et le Royal 22e Régiment (les célèbres « Van Doos »), combattent à la colline 355 en novembre 1951, tout comme le 1er bataillon du Royal Canadian Regiment (RCR) en octobre 1952. Ces batailles sont détaillées dans l’article intitulé « Les Canadiens au combat ».

Les combats en Corée sont restés circonscrits autour du 38e parallèle jusqu’à la signature de l’armistice le 27 juillet 1953, lequel a mis un terme à la plupart des combats. Si des escarmouches légères sont survenues ponctuellement à la frontière depuis l’armistice, aucun combat à grande échelle ne s’est produit. Toutefois, la paix reste précaire dans la péninsule coréenne. 

Drapeau des Nations Unies flottant sur un poste près de la rivière Imjin, Corée, février 1952. Image reproduite avec l’aimable autorisation de Bibliothèque et Archives Canada.

[i] « The Korean War 101: Causes, Course, and Conclusion of the Conflict », dans Association for Asian Studies, www.asianstudies.org/publications/eaa/archives/the-korean-war-101-causes-course-and-conclusion-of-the-conflict.

[ii] « Résolution 82 (1950) [adoptée par le Conseil de sécurité à sa 473e séance], 25 juin 1950, à consulter en français dans la Bibliothèque numérique des Nations unies, au documents-dds-ny.un.org/doc/RESOLUTION/GEN/NL3/461/20/PDF/NL346120.pdf?OpenElement.

[iii] « Résolution 82 (1950) [adoptée par le Conseil de sécurité à sa 473e séance], 25 juin 1950 ». 

[iv] « Résolution 83 (1950) du Conseil de sécurité [sur l’assistance à la République de Corée] », à consulter en français dans la Bibliothèque numérique des Nations unies, au documents-dds-ny.un.org/doc/RESOLUTION/GEN/NL3/461/20/PDF/NL346120.pdf?OpenElement.

[v] « The Truman Doctrine, 1947 », dans Office of the Historian, revue du département d’État des États-Unis, history.state.gov/milestones/1945-1952/truman-doctrine.