Mona Parsons, photo promotionnelle 1929.
Née dans les Maritimes

Mona Louise Parsons est née le 17 février 1901 à Middleton, en Nouvelle-Écosse. Benjamine de trois enfants, elle était la seule fille de Mary Parsons et du colonel Norval H. Parsons, commandant du 85e bataillon au cours de la Première Guerre mondiale. Alors qu’elle avait 2 ans, sa famille a déménagé à Wolfville (Nouvelle-Écosse). Mona y a fréquenté l’Acadia Ladies’ Seminary, excellant en musique, en peinture et en expression artistique.

Actrice, infirmière et annonciatrice de la suite des choses

En 1920, Mona, tout juste diplômée, aspirait à devenir une actrice dramatique accomplie. Elle a fréquenté la Currie School of Expression de Boston (Massachusetts) et commencé à enseigner le théâtre pendant deux ans en Arkansas. Elle a finalement déménagé à New York, où elle a travaillé comme danseuse de revue dans une production itinérante des Ziegfeld Follies. En 1927, apprenant que sa mère était tombée malade, elle est retournée chez elle à Wolfville. Sa mère s’est finalement éteinte, malgré ses bons soins. Cette expérience a suscité chez Mona un intérêt pour les sciences infirmières. Elle est rapidement retournée à New York pour y fréquenter une école de médecine, la Jersey School of Medicine, dont elle est sortie diplômée avec distinction en 1935. Elle a pu commencer à travailler comme infirmière privée au cabinet d’un oto-rhino-laryngologiste sur Park Avenue. Celui-ci, comme par hasard, était aussi originaire de la Nouvelle-Écosse.

En février 1937, Mona est présentée par son frère Ross à un homme d’affaires hollandais, Willem Leonhardt, Ce millionnaire visitait New York et avait besoin d’un guide. Willem et Mona sont devenus amoureux et, cinq mois plus tard, se sont mariés à Laren, aux Pays-Bas. Pendant deux ans, soit jusqu’en septembre 1939, année où l’Allemagne nazie a envahi la Pologne, Mona et Willem ont pu vivre leur vie d’époux.

Combattante de la Résistance

Alors que l’Angleterre et la France ont déclaré la guerre à l’Allemagne nazie peu de temps après l’invasion, les Pays-Bas sont demeurés neutres. Le gouvernement hollandais espérait que se reproduise le même scénario que lors de la Première Guerre mondiale, où la neutralité du pays est demeurée intacte pendant quatre ans. Quoi qu’il en soit, Willem craignait pour sa femme, sujet britannique, si les nazis envahissaient le pays. Il l’a encouragée à embarquer dans un navire à destination du Canada, mais elle a refusé, même avec l’intensification des tensions au cours de la « drôle de guerre », période marquant une activité militaire limitée sur le front de l’Ouest.

Le 10 mai 1940, l’Allemagne nazie a lancé son invasion de la France, de la Belgique, du Luxembourg et des Pays-Bas. L’armée hollandaise a combattu âprement, mais la faiblesse de ses effectifs ne pouvait résister au raz-de-marée allemand. L’armée hollandaise a commencé sa reddition le 14 mai, même si certains soldats hollandais combattant aux côtés des Français et des Belges ont continué de résister jusqu’au 17 mai. La reine Wilhelmine et la famille royale hollandaise ont fui en Angleterre et constitué un gouvernement hollandais en exil. La reine a également envoyé l’héritière du trône, la princesse Juliana, vivre en sécurité au Canada.

De retour aux Pays-Bas occupés par les nazis, Mona et Willem sont demeurés déterminés à apporter leur soutien à la victoire des Alliés. Ils ont rapidement établi des liens avec un réseau grandissant de résistants aidant à secourir les aviateurs dont les appareils avaient été abattus. Willem a organisé des refuges et aidé à approvisionner les aviateurs, leur fournissant des vivres, des vêtements, des civils et de l’argent. Bientôt, Mona et Willem offraient leur propre résidence comme refuge. « Ingleside », près de Laren, convenait très bien à cette fin. C’était un domaine privé, entouré d’arbres, à l’extrémité d’une longue allée. La maison possédait un quartier des domestiques dans les combles et une cachette d’urgence dans un recoin exigu derrière l’armoire d’une chambre à coucher.

Le 19 septembre 1941, Mona et Willem visitaient des amis de la famille à Amsterdam, les Brouwers. Les Allemands rationnaient l’essence aux Pays-Bas, mais Willem avait ajouté un réservoir supplémentaire sur le toit de la voiture pour tirer le maximum de leur quota. De retour à la maison ce soir-là, le véhicule de Mona et Willem abritait deux passagers supplémentaires sur la banquette arrière : William Moir et Richard Pape, respectivement mécanicien de bord et navigateur d’un bombardier de la Royal Air Force abattu par les Allemands.

Arrestation et condamnation à mort

Moir et Pape sont demeurés à Ingleside pendant six jours avant de retourner au domicile des Brouwers. La visite s’est déroulée sans incident, mais à mesure que les aviateurs approchaient de leur point d’évacuation, le danger s’intensifiait. L’objectif était de les conduire à un sous-marin britannique. Un couple de la ville de Leyde avait cependant trahi les aviateurs auprès de la police secrète nazie, la Gestapo. À partir de là, le réseau de résistants auquel appartenaient les Leonhardts a commencé à se défaire.

Espérant que le danger finirait par passer, Willem a rendu une visite à un cousin à Hengelo pour éviter son bureau d’Amsterdam. Mona, confiante dans ses aptitudes d’actrice, a choisi de demeurer à Ingleside pour éviter de soulever d’autres doutes. Si les nazis se présentaient, elle jouerait l’innocente. Par contre, ce qu’elle ignorait, c’est que la Gestapo avait infiltré le premier réseau souterrain hollandais et possédait toutes les preuves nécessaires sans même une confession.

À la fin de septembre, la Gestapo a arrêté Mona à Ingleside. On l’a transportée à la prison de Weteringschans, à Amsterdam, où elle a été interrogée et privée de nourriture et d’eau pendant plusieurs jours. Mona a maintenu qu’elle était innocente et a essayé de gagner du temps pour Willem. Malheureusement, Mona avait remis à Richard Pape une carte portant son nom et son adresse afin de transmettre un message à son père par des amis d’Angleterre. Pape avait négligé de détruire cet élément de preuve, scellant ainsi le destin de Mona.

Le 22 décembre 1941, les Allemands ont conduit Mona à l’hôtel Carlton d’Amsterdam. À cet endroit, on lui a fait un simulacre de procès aboutissant à une condamnation à mort d’après le décret Nacht und Nebel (Nuit et brouillard) d’Adolf Hitler, qui dictait d’emprisonner ou d’assassiner les activistes politiques et les résistants à l’autorité nationale-socialiste (nazie). Connaissant peu ou prou la justice nazie, mais ayant clairement compris sa sentence, Mona était résolue à faire preuve de force. En quittant le tribunal, elle a regardé le juge en face, claquant des talons, s’inclinant et prononçant ces mots : « Guten morgen, meine Herren » (« Bonjour messieurs »). Impressionné par le sang-froid de Mona, le juge l’a suivie et lui a conseillé d’interjeter appel.

Survivre dans une prison allemande

Grâce à un réseau de contacts s’étendant même au général allemand du secteur, Mona a pu interjeter appel de sa condamnation dans sa cellule de condamnée de la prison d’Amstelveenseweg. Même si elle a évité l’exécution, elle a dû purger sa nouvelle peine dans l’Allemagne nazie. Le 6 mars 1942, elle devait être emmenée au pénitencier d’Anrath en Rhénanie lorsque des officiers allemands ont escorté Willem dans le bureau de la prison. Les Allemands l’avaient capturé le jour précédant le procès de son épouse. Mona et Willem se sont embrassés et ont brièvement échangé quelques mots avant que les geôliers ne les séparent. Ils ne devaient se revoir qu’en juin 1945. 

Mona est demeurée à Anrath jusqu’en septembre 1944. Elle dormait sur un matelas de paille dans une minuscule pièce froide, humide et mal éclairée. Elle devait utiliser un seau comme toilette et a fini par partager une pièce analogue avec trois autres détenues. Nombre de personnes détenues dans la prison étaient des criminels de droit commun, et non des prisonniers politiques comme Mona. L’aspect de cette dernière a commencé à changer profondément. Elle a perdu ses cheveux par rasage ou malnutrition. Elle a perdu quelques dents en raison de la piètre qualité de la nourriture. Les geôliers allemands autorisaient Mona à écrire des lettres à Willem et à des amis aux Pays-Bas, mais ces lettres ne pouvaient être écrites qu’en allemand. Elle se remontait le moral en se rappelant ses passages favoris de littérature anglaise et en sabotant les tricots qu’elle devait faire pour les soldats allemands.

Le 23 septembre 1944, tandis que les troupes alliées progressaient rapidement en France, en Belgique et dans le sud des Pays-Bas, les Allemands ont envoyé Mona au camp no 3 de Wiedenbrück. En compagnie de 200 autres prisonnières, elle travaillait dans diverses usines soutenant l’effort de guerre allemand. Naturellement, Mona a poursuivi ses activités de sabotage chaque fois que cela était possible. Au début de février 1945, elle s’est retrouvée dans un wagon à bestiaux se dirigeant au nord vers la prison de Vechta, ancienne école de réforme pour filles. C’est là qu’elle a rencontré deux alliées, une baronne hollandaise et une directrice de prison lesbienne.  

Une évasion audacieuse

La prison de Vechta fournissait la main-d’œuvre aux hôpitaux allemands de l’endroit, à un aérodrome de la Luftwaffe, ainsi qu’au réseau ferroviaire local, constamment attaqué par les avions alliés. Mona pelait des pommes de terre afin d’aider à nourrir les soldats allemands blessés. Souvent, elle faisait des vols de la cuisine pour compléter sa propre maigre pitance. Mona s’est liée d’amitié avec Wendelien van Boetzelaer, une étudiante hollandaise de 22 ans arrêtée pour une activité de résistance et qui s’était déjà échappée deux fois des prisons allemandes. La paire commença à comploter son évasion. Mona a demandé à la directrice de la prison des femmes son chandail et ses chaussures, qui lui avaient été confisqués à l’arrivée. La directrice de la prison éprouvait de la sympathie et détestait les nazis pour le traitement qu’ils réservaient aux homosexuels. Elle a remis les chaussures et le chandail sans poser de question.

Dans l’intervalle, d’âpres combats se déroulaient entre les forces alliées et nazies dans le sud-ouest. Le 23 mars 1945, les forces du maréchal Bernard Montgomery franchissaient le Rhin dans le cadre d’un assaut massif. L’activité aérienne dans la région s’était intensifiée. Le 24 mars, l’aviation alliée a attaqué l’aérodrome de Vechta et le réseau ferroviaire. Des bombes sont tombées sur la prison des femmes, anéantie dans les flammes. La directrice de la prison des femmes a fait ouvrir les barrières et dit à celles dont elle avait la charge qu’elles pouvaient tenter leur chance entre les balles allemandes et les bombes alliées.

Wendelien et Mona ont opté pour les balles plutôt que les bombes. Elles se sont évadées et inventé une couverture, tirant profit des talents d’actrice de Mona – elle se ferait passer pour la tante handicapée mentale de la baronne, afin de couvrir son piètre accent allemand. Les deux femmes se sont dirigées vers le nord et ensuite vers l’est, en route pour la frontière entre les Pays-Bas et l’Allemagne. Elles ont parcouru plus de 150 km dans le froid et l’humidité, évitant les poches d’âpres combats, avant d’être séparées. Lorsque Mona a pu franchir la frontière, elle avait les pieds infectés et avait perdu deux ongles d’orteil. Près de Vlagtwedde, Mona a révélé son identité à une famille d’agriculteurs hollandais, qui l’ont informée que l’Armée canadienne jouait un rôle clé dans la libération du pays. Un membre de la famille l’a emmenée à bicyclette vers le camp militaire canadien situé à proximité. Les soldats faisaient partie des North Nova Scotia Highlanders, régiment de la province natale de Mona. C’était à la mi-avril 1945, Mona était enfin libre.

Retour à la maison

Vers la fin de mai, Mona est retournée chez elle avec l’aide de l’Hôpital général canadien de Nimègue. Elle a finalement retrouvé Willem après la libération de celui-ci d’un camp de prisonniers allemand. À la fin de 1945, Mona a reçu des citations du général américain Dwight D. Eisenhower, commandant des forces expéditionnaires alliées, ainsi que du maréchal de l’air en chef Arthur Tedder de la Royal Air Force, pour la remercier d’avoir aidé à éviter la capture d’aviateurs alliés par l’ennemi.

Dans les années 1950, la santé de Willem s’est détériorée en raison des blessures subies pendant la guerre. Mona est demeurée à ses côtés, mais il a rendu l’âme en avril 1957. Même si leur relation semblait aimante et stable, la guerre avait créé pour eux des difficultés qui ont nui à leur relation. Peu de temps après le décès de son mari, Mona a appris que Willem avait laissé le quart de sa succession à sa maîtresse, dont il avait un fils. Le fils de Willem est devenu bénéficiaire des trois quarts restants de sa succession en vertu du droit hollandais. Mona, par conséquent, n’avait rien reçu de l’héritage de Willem. Elle a amorcé des procédures judiciaires qui ont duré plusieurs années et l’ont suivie lorsqu’elle est retournée au Canada vivre à Halifax. C’est là qu’elle a pu renouer avec son ami d’enfance, le major général à la retraite Harry Foster. Les deux se sont épousés en 1959. Foster est décédé du cancer en 1964 et Mona est retournée à Wolfville, où elle a passé le reste de sa vie.

Mona ne s’est jamais vraiment rétablie des traumatismes dus à son expérience du temps de guerre, mais sa capacité d’adaptation lui a permis de continuer. En 1976, elle a contracté une pneumonie et est décédée le 28 novembre, à l’âge de 75 ans.

Ressources additionnelles

Notes de bas de page

Ingleside
« Ingleside, 1938. » Avec l’autorisation de l’Histoire Canada. Source : https://www.canadashistory.ca/explore/women/remembering-mona-parsons

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