La Bataille de l’Escaut

À l’automne 1944, plus de 40 000 soldats canadiens se retrouvent dans une région marécageuse, à la frontière entre la Belgique et les Pays-Bas, pour mener à bien une mission capitale : s’emparer du vaste port d’Anvers afin de procéder au ravitaillement des forces alliées qui doivent poursuivre leur offensive du nord de la Normandie vers l’Allemagne. La bataille de l’Escaut représente la campagne la plus importante remportée par les Canadiens durant la Seconde Guerre mondiale.

« Des véhicules amphibiens Buffalo transportant des soldats à travers l’Escaut jusqu’à Hooftplaat. » Le 13 Octobre 1944. Avec l’autorisation de la Bibliothèque et archives Canada, 1967-052 NPC. 
« Une colonne d’Alligators passe devant des véhicules amphibies Terrepin sur l’Escaut, près de Terneuzen, le 13 octobre 1944. » Avec l’autorisation du Ministère de la Défense nationale / Archives nationales du Canada, PA-114754.

La campagne de libération du port d’Anvers aura lieu sur trois fronts : la progression de la 2e Division d’infanterie canadienne du nord d’Anvers vers l’île de Walcheren; l’offensive de la 3e Division d’infanterie canadienne sur la poche de Breskens (l’opération Switchback); enfin, l’opération Infatuate, à savoir le débarquement amphibie des Britanniques sur l’île de Walcheren.

Premièrement, la 2e Division d’infanterie canadienne doivent percer les défenses allemandes ouvrant sur l’isthme de Beveland. Dans les villages, comme ceux de Woensdrecht et Hoogerheide, un rude combat les attend. Les pertes seront nombreuses et les avancées lentes. Il faudra attendre presque la fin d’octobre pour que la 2e Division atteigne la chaussée de Walcheren.

« Des blessés en train d’être déchargés d’un Terrapin, au point d’embarquement de la poche de l’Escault, à l’ouest de Terneuzen, le 13 octobre 1944 / Pays-Bas. » Photo : Donald Grant. Avec l’autorisation du Ministère de la Défense nationale / Archives nationales du Canada, PA-114754.
« Opération Switchback : opérations de désobstruction de l’Escaut, 6 oct. – 2 nov. 44. » Avec l’autorisation de la Bibliothèque et archives Canada, 5084053.

Le deuxième volet de la bataille de l’Escaut est l’opération Switchback. Son objectif : la poche de Breskens, située le long de la rive sud de l’estuaire de l’Escaut, une presqu’île cernée d’eau de tous bords – la mer du Nord, l’estuaire de l’Escaut, l’anse Braakman et le canal Léopold. Cela en fait donc une zone de défense stratégique pour les Allemands. L’opération est déclenchée le 6 octobre dans le sud-ouest de la poche, après une première offensive dans le canal Léopold. Celle-ci est suivie trois jours plus tard par l’attaque principale : un débarquement amphibie dans l’anse Braakman et dans l’estuaire de l’Escaut. Cette attaque permet aux Canadiens de se retrouver derrière les principales fortifications allemandes.

S’ensuivent du combat violents corps-à-corps qui a lieu dans le « pays des polders », une région de basses terres où la mer a été asséchée, chacune des terres étant entourée d’une digue haute sur laquelle se trouve généralement une route ou un chemin. Le terrain est donc humide et boueux, le rendant difficile à franchir. L’attaque du canal Léopold ne fait gagner que peu de terrain sur l’Allemagne. Elle remplit toutefois son objectif de distraction : la surprise des Allemands est totale à la vue, au petit matin du 9 octobre, de la 9e Brigade d’infanterie canadienne débarquant à bord du Buffalo, son engin amphibie. La défaite des Allemands semble alors sans conteste, mais cela n’empêchera pas l’affrontement de se poursuivre pendant trois semaines. Le commandant allemand et ses 8 000 soldats restants ne se rendront en effet qu’à la date du 2 novembre.

« Comment la Royal Navy a libéré l’Escaut. » Octobre 1944. Avec l’autorisation de la Bibliothèque et archives Canada, 1984-260 NPC.

Ne reste que l’ultime volet de la bataille de l’Escaut : un débarquement amphibie sur Walcheren. L’île située à l’embouchure de l’estuaire de l’Escaut contrôle l’ensemble des accès fluviaux menant à Anvers. L’opération, nommée « Infatuate », dispose des renforts non négligeables de la Royal Air Force et de la Royal Navy. Malgré de très lourdes pertes, tous les assauts se soldent par une victoire et en l’espace d’une semaine les affrontements sont terminés. Le 28 novembre, les premiers navires de transport alliés accostent enfin au port d’Anvers. Permettre leur passage aura pris non moins de dix flottilles de dragueurs de mines – neuf flottes britanniques et une flotte hollandaise – et trois semaines pour nettoyer l’estuaire des mines ennemies.

« Scheldt Crossing » (peinture) par Capitaine Orville Norman Fisher. Avec l’autorisation du Musée Canadien de la guerre, 19710261-6360. 

Peu de Canadiens ont connaissance de ces exploits; chose regrettable s’il en est, car la bataille de l’Escaut fut l’une des campagnes les plus importantes des Canadiens dans la Seconde Guerre mondiale. Le port d’Anvers constituait un lieu stratégique essentiel à l’approvisionnement des troupes pour l’ensemble des futures opérations alliées. Il n’en demeure pas moins que, malgré une situation peu encline à la victoire, les troupes canadiennes firent ce qu’on attendait d’elles.

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