La Libération des Pays-Bas

Pour bien des Canadiens au XXIe siècle, il est difficile de comprendre ce qu’a pu signifier la libération pour les Néerlandais. Leur pays était sous l’occupation allemande depuis mai 1940 et ils en souffraient terriblement.

Pour bien des Canadiens au XXIe siècle, il est difficile de comprendre ce qu’a pu signifier la libération pour les Néerlandais. Leur pays était sous l’occupation allemande depuis mai 1940 et ils en souffraient terriblement. L’imposition de règles draconiennes, la déportation des Juifs et d’autres personnes vers les camps de concentration, le manque de liberté, les graves pénuries de nourriture et la rareté des articles de première nécessité indispensables à la vie quotidienne (notamment le combustible pour le chauffage domestique) faisaient peser sur eux un fardeau inimaginable. Différentes parties du pays sont devenues des champs de bataille où des vies et des foyers ont été détruits. Des bombardements aériens alliés ont malencontreusement alourdi ce bilan de morts et de destructions. À la fin de la guerre, quelque 301 000 civils néerlandais et 17 000 soldats, marins et aviateurs avaient trouvé la mort – un sacrifice énorme dans un pays où la population avant la guerre ne dépassait pas les 9 millions d’habitants. (À titre de comparaison, plus de 45 000 militaires canadiens ont perdu la vie sur une population de près de 11 millions d’habitants.) Les Néerlandais ont péri de diverses façons : camps de concentration, captivité, exécution, actes de guerre, travaux forcés, conséquences de l’« hiver de la faim » de 1944-1945, maladies, famine et piètres conditions de salubrité publique en général.

C’est la Première Armée canadienne qui a reçu l’ordre de libérer les Pays-Bas. Le 2e corps d’armée canadien a avancé vers le nord jusqu’à Leeuwarden, Delfzijl et la ville allemande de Leer, en passant par Deventer et Zwolle. Le 1er corps d’armée canadien, ces combattants nouvellement arrivés d’Italie qu’on surnommait les « D-Day Dodgers », a été envoyé à l’ouest dans la vieille Hollande, où il allait vivre ses premières batailles depuis son arrivée dans le nord-ouest de l’Europe. Après avoir traversé Arnhem, il a pris le contrôle d’Apeldoorn en route vers Amsterdam et Rotterdam. Ce sont ces grandes villes qui ont été les plus durement touchées par l’« hiver de la faim », car leurs habitants n’arrivaient pas à se nourrir aussi facilement que ceux en dehors des grands centres urbains. Ils avaient désespérément besoin de l’aide des Canadiens pour éviter une catastrophe pour l’humanité.

« Des citoyens néerlandais remplissent un camion canadien de nourriture, suite à un accord entre Allemands, Néerlandais et Canadiens sur la distribution terrestre de nourriture à la population néerlandaise. 3 mai 1945, près de Wageningen, Pays-Bas. (Les largages aériens de nourriture par le Royaume-Uni et les États-Unis avaient commencé le 29 avril et duré jusqu’au 8 mai). » Photo : Alex Stirton. Avec l’autorisation de la Bibliothèque et Archives Canada, a134417.

Tandis que la fin de la guerre approchait et que les combats faisaient rage aux Pays-Bas, les Canadiens faisaient de leur mieux pour limiter les dommages collatéraux ou excessifs dans les zones rurales. Autrement dit, ils évitaient les lourds barrages d’artillerie et appuyaient leurs attaques par un recours limité à la puissance aérienne tactique. Ils voulaient ainsi éviter le plus possible les pertes de vie et les destructions inutiles sur le territoire néerlandais. Les Alliés ont décidé de limiter leurs offensives militaires dans la campagne néerlandaise par égard pour la population locale, mais non sans en payer le prix : les soldats chargés de reprendre ce territoire s’étaient interrogés sur le bien-fondé de cette décision; d’ailleurs, la 1re division canadienne a essuyé plus de 500 pertes, dont plus de 100 décès en avril et au début de mai. Les longues batailles, intenses, de la Normandie, de l’Escaut et de la Rhénanie étaient chose du passé, mais les Canadiens ont dû mener une série incessante de combats, courts, rudes et coûteux, dans la dernière poussée pour libérer les Pays-Bas.

« Dutch Resistance Headquarters » Avril 1945. Peinture : Capitaine George C. Tinning. Cette pièce d’art se trouve dans la collection du Musée canadien de la guerre, 19710261-5457.

Tandis qu’avril faisait place à mai, il était manifeste que la guerre tirait à sa fin. Les commandants faisaient de leur mieux pour protéger leurs hommes, car aucun ne voulait être le dernier à mourir. Le 5 mai, la nouvelle que tous attendaient tombait enfin : le cessez-le-feu était déclaré et tous les combats prenaient fin. Il y eut peu de célébrations, cependant. Les soldats canadiens étaient extrêmement fiers de leurs accomplissements, mais, pour le moment, le sentiment qui dominait les troupes était le soulagement d’avoir survécu.