« De telles guérisons, presque miraculeuses, ont rarement été observées chez des malades menacés d’une mort imminente » 

(Dr John R. Williams, chef du service médical de l’hôpital Highland et grand spécialiste américain du diabète de Rochester, dans l’État de New York. Il est le premier médecin aux États‑Unis à administrer de l’insuline à son patient diabétique, James Havens, en mai 1922.)

Avant que l’insuline ne soit administrée pour la première fois sur des êtres humains, en janvier 1922, il était exceptionnel que des patients atteints de diabète de type 1 ne survivent plus d’un an ou deux. Le Dr Frederick Banting affirmait que l’espérance de vie d’un enfant souffrant de diabète avant 1922 n’était que de quelques mois[i]. Pour raconter la découverte de l’insuline, on évoque souvent ce grand moment de l’histoire de la médecine, où Banting, Best et Collip passent de lit en lit dans l’unité pédiatrique de l’hôpital général de Toronto pour injecter aux enfants le nouvel extrait purifié. D’après ce récit mythique, avant que les médecins n’aient atteint le dernier enfant mourant, les premiers se réveillaient de leur coma sous les cris de joie de leurs parents. Même si cette description des événements entourant la découverte de l’insuline a été grandement exagérée, les effets de ce médicament miraculeux sur la vie des enfants et le reste du monde ne le sont pas. 


Leonard Thompson est dans un état très précaire lorsqu’on l’admet à l’hôpital général de Toronto, le 2 décembre 1921. Le jeune garçon de 14 ans de la rue Pickering (qui fait maintenant partie du quartier The Beaches à Toronto, en Ontario) est atteint de diabète en phase terminale. Avant qu’il n’entre à l’hôpital, le médecin du jeune Leonard traitait la maladie avec la méthode habituelle, antérieure à la découverte de l’insuline, comprenant une diète rigoureuse et le jeûne, mais l’approche est infructueuse. Au moment où Harrry et Florence Thompson amènent leur fils à l’hôpital, il est à l’article de la mort.[2]

Selon la première analyse que fait le Dr Banting de ce garçon, il était [TRADUCTION] « mal nourri, pâle, ne pesait que 65 livres, perdait ses cheveux et dégageait sur son haleine une odeur d’acétone […] Avant son admission, il avait été privé de nourriture, sans en retirer de réel bénéfice[i]. » Léonard était en fin de vie. Dans un geste de désespoir et craignant de perdre son fils, le père de Léonard accepte d’autoriser les docteurs Banting, Best et le reste de leur équipe à injecter à Leonard un nouveau médicament expérimental encore jamais testé sur un être humain. Étrangement, le Dr Banting n’a pas le droit d’examiner Leonard Thompson car il n’est pas autorisé à exercer comme médecin à l’hôpital général de Toronto. La situation est très frustrante pour le Dr Banting. Ce sont plutôt les docteurs Walter R. Campbell et Almon A. Fletcher qui soignent Leonard à l’hôpital, ainsi qu’un autre médecin, le DEdward Jeffrey, qui lui administrera l’extrait salutaire. Le 11 janvier 1922, Leonard Thompson devient la première personne à recevoir une injection de ce nouvel « extrait pancréatique ». 

La première injection est moins concentrée qu’elle n’aurait dû l’être et le DBanting n’observe aucune amélioration clinique à la suite de cet essai[ii]. Imperturbables, les docteurs Banting et Best poursuivent leurs recherches, alors que le Dr James B. Collip raffine l’extrait pour concentrer la dose à injecter. Le 23 janvier, Leonard reçoit une autre injection. Les résultats sont immédiats. Léonard reçoit des injections quotidiennes du 23 janvier au 4 février et, selon les dossiers du DBanting, [TRADUCTION] « le garçon prend des couleurs, il devient plus actif, a l’air plus en forme et dit se sentir plus fort »[iii]. Malheureusement, la production d’insuline doit cesser car l’extrait ne peut être purifié en assez grandes quantités. Par conséquent, aucune insuline active n’est produite entre mars et mai 1922. Ce n’est qu’en octobre 1922 que Leonard peut recommencer à recevoir des injections d’insuline régulières et permanentes.

Leonard Thompson vivra treize ans de plus grâce à cet apport en insuline. Il meurt le 20 avril 1935, à l’âge de 27 ans, d’une broncho-pneumonie et des complications du diabète. 


JJames « Jim » Havens a 15 ans lorsqu’il reçoit un diagnostic de diabète, en 1915. Fils d’un membre du Congrès américain de New York, qui deviendra plus tard vice‑président et secrétaire de la compagnie Eastman Kodak, Jim a la chance d’être né dans une famille pouvant lui payer les meilleurs traitements offerts aux patients diabétiques à l’époque.

Son médecin, le Dr  John R. Williams, lui prescrit la diète Allen. Le traitement vise à limiter continuellement la quantité de calories ingérées au fil du temps : la plupart des patients meurent littéralement de faim. Malgré une espérance de vie d’à peine un an, Jim parvient à survivre en suivant cette diète pendant huit ans. 

Au moment où Jim atteint l’âge de 20 ans, il doit manger moins de 500 calories par jour; à 22 ans, il pèse 74 livres[i]. La famille de Jim et le Dr Williams se sentent démunis devant ce jeune qui dépérit lentement. Son père, James, a recours à tous ses contacts pour trouver d’autres traitements possibles contre le diabète. Grâce à son réseau de collègues et d’amis, il finit par entendre parler des travaux des docteurs Banting, Best et Collip sur l’insuline à l’Université de Toronto. 

James écrit au Dr Banting, le priant d’envoyer de l’insuline à Rochester afin de sauver son fils. Le Dr Banting hésite à répondre à cette demande : le traitement en est encore au stade expérimental et les quantités sont déjà limitées car peu d’insuline, voire aucune, n’est produite entre la mi‑février et la mi‑mai 1922. En outre, les doses disponibles pendant cette période sont réservées aux patients plus gravement atteints qui avaient déjà commencé un traitement avant que la production ne soit suspendue. Mais le Dr Banting finit par accepter d’envoyer une petite dose d’insuline aux États‑Unis pour traiter Jim[ii]. Malgré qu’il ne soit pas au Canada, Jim est l’un des diabétiques les plus chanceux de son époque, grâce en grande partie au statut socio‑économique de son père.

Ne constatant aucun signe d’amélioration visible, le Dr Williams écrit au Dr Banting pour lui faire part de la situation. Le Dr Banting demeure cependant sceptique; il se rend à New York pour constater lui‑même l’état du patient et apporte une plus grande quantité du médicament miraculeux. Le lendemain matin, la glycémie de Jim est considérablement réduite et il peut manger un repas complet. Une semaine plus tard, il reprend des forces et peut renouer avec sa passion, le dessin.

En raison du statut encore expérimental de ce médicament, Jim peine à s’approvisionner et doit souvent faire venir ses doses du Canada en contrebande. Ce n’est qu’en 1923 que l’entreprise Eli Lilly & Company d’Indianapolis commence à distribuer un extrait d’insuline aux États‑Unis plus efficace et moins irritant, même si l’entreprise avait commencé à en produire dès juillet 1922. Plus tard, Jim pourra recevoir de l’insuline de bœuf plutôt que de porc, étant très allergique à cette forme particulière. 

Jim, qui est le premier patient américain à bénéficier de l’insuline et qui doit faire venir ses doses illégalement du Canada, a la chance d’être issu d’une famille aisée et privilégiée. Comme Elizabeth Hughes, Jim peut profiter des bienfaits de l’insuline en raison des liens de sa famille avec des personnages politiques importants, mais d’autres facteurs interviennent également en sa faveur, comme la proximité de Rochester à Toronto. Néanmoins, dès qu’il est en mesure de recevoir des doses constantes d’insuline, Jim parvient à poursuivre une carrière d’artiste florissante. Il étudie au Rochester Athenaeum and Mechanics Institute et développe un véritable talent pour la peinture, la gravure d’art et la gravure sur bois. En 1927, il épouse Gladys Corland et a un fils et une fille. Jim meurt en 1960 d’un cancer, à l’âge de 60 ans.

Extrait d’une lettre que Jim a écrite au Dr Banting pour lui faire part de sa reconnaissance, plus particulièrement pendant la saison des Fêtes :  

[TRADUCTION] « Oui, l’Action de grâce est devenue une véritable institution par ici, vous devriez venir célébrer avec nous. Cette fête nous rend certainement sentimental et nous donne l’occasion de réfléchir à notre chance. On oublie les petits malheurs des 364 derniers jours et l’on se porte à croire que le monde est un endroit où l’on peut se montrer optimiste après tout. Je vous assure que beaucoup de gens pensent comme moi et doivent ce moment de joie à l’insuline. Mais pour ma part, je tiens à revenir un peu en arrière, jusqu’à vos travaux à l’Université de Toronto. Noël arrive à grands pas et enfin, je pourrai m’en réjouir, tout comme ceux et celles que vous avez contribué à sauver. Je vous souhaite un très heureux Noël, vous le méritez amplement. […] Avec mes plus sincères remerciements, Jim D. Havens » (11 décembre 1922)


Ruth Whitehill avait 8 ans lorsqu’elle est devenue la patiente privée du Dr Banting. Originaire de Baltimore, au Maryland, Ruth est envoyée à Toronto par son médecin, le DLouis Hamburger, pour suivre un traitement, en 1922.

Ruth est déclarée diabétique à l’âge de 6 ans, en février 1921, et admise au Harriet Lane Home (hôpital John Hopkins) peu après. Pesant 47 livres, Ruth est traitée par « privation répétée de nourriture », mais à Noël 1921, aucune amélioration n’est constatée[i]. Lors d’une réunion de la Association of American Physicians (association des médecins américains) à Washington, au printemps 1922, le Dr Hamburger entend le DMacLeod parler de la découverte révolutionnaire du DBanting. Cette nouvelle fait un tel effet sur le Dr Hamburger qu’il insiste pour que le père de Ruth communique avec le DBanting et lui demande de prendre sa fille comme patiente. Le DBanting accepte. 

Le 17 juin 1922, Ruth reçoit sa première injection d’insuline. Elle suit une diète de plus de 1 400 calories par jour et, « en règle générale, consomme plusieurs centaines de calories de plus »[i]. De juin à septembre, Ruth est prise en charge par le DBanting à Toronto et sa santé et ses forces continuent de s’améliorer. En octobre, Ruth est assez bien pour retourner à Baltimore et poursuivre ses traitements avec l’aide du DHamburger et un approvisionnement en insuline provenant de l’entreprise Eli Lilly & Co. Ruth épousera plus tard John J. Leidy de Baltimore, cofondateur et président de la Leidy Chemical Corporation[ii].

Le 17 juin 1922, Ruth reçoit sa première injection d’insuline. Elle suit une diète de plus de 1 400 calories par jour et, « en règle générale, consomme plusieurs centaines de calories de plus »[i]. De juin à septembre, Ruth est prise en charge par le DBanting à Toronto et sa santé et ses forces continuent de s’améliorer. En octobre, Ruth est assez bien pour retourner à Baltimore et poursuivre ses traitements avec l’aide du DHamburger et un approvisionnement en insuline provenant de l’entreprise Eli Lilly & Co. Ruth épousera plus tard John J. Leidy de Baltimore, cofondateur et président de la Leidy Chemical Corporation[ii].

La guérison soudaine et indéniable de Ruth après quelques jours de traitement impressionne à tel point le DHamburger qu’il tient à continuer de travailler avec le DBanting et lui réfère une autre enfant diabétique, Myra Blaustein. Myra, également de Baltimore, est admise au Hebrew Hospital en octobre 1920 et, selon le Dr Hamburger, accuse une déficience pancréatique encore plus marquée que Ruth[i].

Myra souffre du diabète depuis deux ans et ne pesait que 54 livres à l’âge de 8 ans. En juillet 1922, le Dr Banting l’accepte comme patiente et elle se rend à Toronto. Elle amorce une guérison rapide elle aussi, dès qu’elle commence à recevoir des injections d’insuline. À l’automne 1922, [TRADUCTION] « au lieu d’être une enfant pâle, terne et amortie, ses couleurs reviennent, elle est alerte et souriante, et chante comme aux jours d’avant sa maladie »[ii]. Myra revient à Baltimore en même temps que Ruth. 

Myra consacre sa vie d’adulte à des œuvres de charité et coordonne les activités bénévoles au seul hôpital du Maryland réservé aux gens de couleur qui souffrent de problèmes de santé mentale. 

Ruth et Myra meurent à trois ans d’écart (février 1957 et décembre 1954, respectivement), toutes deux à l’âge de 42 ans[iii].


Theodore (Teddy) Ryder est né à Keyport, au New Jersey, en 1916. À l’âge de 4 ans, il reçoit un diagnostic de diabète de type 1 et se souvient plus tard de n’avoir pesé que 26 à 27 livres à l’âge de 5 ans, et d’être incapable de faire plus de trois à quatre pas sans aide[i]. Afin de traiter son diabète, Teddy suit la diète Allen pour maintenir un taux de glycémie viable. Souvent appelée la « diète de la privation », la diète Allen limite le nombre de calories que peut ingérer un patient, souvent à un maximum de 500 ou 600 calories par jour[ii]. La plupart des patients atteints de diabète qui suivent ce régime ne vivent que de six à douze mois. 

Lorsque la famille Ryder entend parler du Dr Banting et de ses travaux sur l’insuline, l’oncle de Teddy, le Dr Morton Ryder, communique personnellement avec le Dr Banting. Il lui demande d’inclure Teddy à ses expérimentations, mais le Dr Banting lui oppose un refus, affirmant qu’il n’a pas suffisamment d’insuline pour traiter Teddy. Il lui propose cependant de lui amener le garçon plus tard, vers le mois de septembre. L’oncle de Teddy sait que la santé de son neveu se détériore et répond au Dr Banting qu’il ne croit pas que Teddy puisse vivre jusqu’en septembre[i].

Le Dr Banting accepte alors de traiter Teddy et, le 10 juillet 1922, Teddy devient l’une des premières personnes à recevoir de l’insuline pour traiter son diabète. Deux semaines après le début du traitement, Teddy commence à prendre du poids. En septembre 1922, Teddy et sa famille célèbrent son 6e anniversaire, une étape qui semblait peu probable seulement trois mois plus tôt. La famille de Ruth Whitehill organise une grande fête à laquelle le Dr Banting est convié.

Teddy revient à la maison au New Jersey, en octobre 1922, et poursuit ses traitements. Il reste en contact avec le Dr Banting; les deux continuent de s’écrire jusqu’à la mort du Dr Banting, en 1941. Dans une de ses lettres, Teddy lui écrit : [TRADUCTION] « J’aimerais tant que vous puissiez venir me voir. Je suis un gros garçon maintenant et je me sens très bien. Je peux grimper aux arbres. […] Gros câlins de Teddy Ryder »[i]. Teddy deviendra plus tard libraire à Hartford, au Connecticut et, en 1990, il assistera au dévoilement d’une exposition à l’Université de Toronto soulignant la découverte de l’insuline. Teddy n’aura aucune complication majeure attribuable au diabète, mais il mourra d’une crise cardiaque à l’âge de 76 ans, en 1993. À l’époque, aucun patient dans le monde n’a reçu de l’insuline pendant aussi longtemps et, de toute évidence, il a bien répondu aux plus de 45 000 injections reçues depuis 1922 »[ii].

Extrait d’une lettre écrite par le Dr Banting à Teddy Ryder admirant la force de son patient : 

TRADUCTION] « Je suivrai toujours ta carrière avec intérêt, mais aussi, si tu le permets, avec un peu de fierté, car je me souviendrai toujours des difficultés que nous avons éprouvées dans les premiers temps de l’insuline. Je me souviens nettement de ta force et de ton courage dans l’observation de ton régime, mais également de la façon stoïque dont tu subissais la punition des injections. Je suis convaincu que tu auras du succès dans la vie si tu conserves le même esprit face aux écueils que le monde mettra sur ton chemin. » (27 décembre 1938)


Elsie Needham est admise au Hospital for Sick Children de Toronto, en octobre 1922. La jeune fille de 11 ans de Galt, en Ontario, était dans un coma diabétique et au seuil de la mort[i]. Avant que ses parents ne décident de l’envoyer à Toronto, les professionnels de la santé qui examinent l’enfant jugent sa condition désespérée. 

Quelques jours après son arrivée au Hospital for Sick Children, Elsie est toujours dans le coma et commence à recevoir des injections d’insuline administrées par le Dr Banting et la Dre Gladys Boyd, chef de la nouvelle clinique du diabète de l’hôpital. Le Dr Banting travaille sans relâche pour lui sauver la vie, il surveille ses symptômes et évalue sa réaction au traitement. Il affirme : « J’ai habité à l’hôpital pendant trois jours et passé encore plusieurs heures à son chevet pendant une semaine[i] ». Elsie, dans un revirement de situation tout à fait spectaculaire, revient à la vie. Après quelques jours, sous l’œil attentif de quelques médecins étonnés, Elsie commence à reprendre des forces, à tel point qu’elle écrit à son père dans l’espoir de retourner rapidement à la maison. 

Elsie est la première enfant à sortir d’un coma diabétique grâce à l’insuline. Avec l’aide de ce traitement miracle, Elsie retourne enfin à Galt et peut reprendre l’école en janvier 1923. On sait très peu de choses sur Elsie Needham, mais on rapporte qu’elle était encore vivante en 1946[ii].


Elizabeth Hughes est une autre enfant dont l’histoire nous est parvenue car son traitement à l’insuline sera le premier à faire l’objet d’un article dans les journaux. Elle est une des premières patientes diabétiques les plus connues. Elizabeth est la fille de Charles Evans Hughes, un politicien américain qui, au cours de sa carrière, deviendra le 36e gouverneur de l’État de New York, un candidat républicain lors de l’élection présidentielle de 1916 et le 11e juge en chef de la Cour suprême des États-Unis. Mais au printemps 1916, sa femme et lui commencent à être préoccupés par l’état de santé de leur plus jeune fille, Elizabeth.

À 11 ans, Elizabeth mesure 4 pi 11,5 po (1,511 m) et pèse à peine 75 livres (34 kg). Comme elle est la fille d’un homme puissant, Elizabeth a accès aux meilleurs traitements possible et est confiée aux soins du Dr Frederick M. Allen, spécialiste au Physiatric Institute de Morristown, au New Jersey. Elizabeth est déclarée diabétique et doit suivre une diète stricte se limitant à 800 calories par jour. Éminent spécialiste, le Dr Allen impose à sa patiente le traitement médical courant à cette époque pour les diabétiques, que l’on appellera plus tard la « diète Allen ». Le Dr Allen continue de suivre son état sur trois ans, mais en août 1922, son poids tombe sous les 45 livres (20 kg)[i].

La mère d’Elizabeth, Antoinette, est de plus en plus inquiète pour sa fille malade. Après avoir entendu parler des travaux du médecin canadien, Frederick Banting, elle décide de le contacter et de lui demander de prendre Elizabeth comme patiente privée. Le 15 août 1922, Elizabeth et sa mère arrivent à Toronto. 

Elizabeth, alors âgée de 14 ans, est examinée par le Dr Banting qui constate « une desquamation de la peau et observe que les cheveux sont cassants et tombent en raison des carences alimentaires ». Le Dr Banting commence immédiatement un traitement d’insuline  combiné à une diète à forte teneur en calories (2 200 à 2 400 calories par jour), qui comprend de la crème épaisse et du beurre. Elizabeth, qui vient tout juste de fêter son 15e anniversaire, répond merveilleusement bien au traitement. Sa glycémie se stabilise rapidement et elle commence à gagner deux livres par semaine et à grandir. Dans une lettre à sa mère, datée du 22 août 1922, Élizabeth écrit [TRADUCTION]« […] et de penser aussi que je pourrai vivre une vie normale et en santé, ça dépasse l’entendement. Je n’ai pas eu de sucre dans le sang depuis longtemps, en fait depuis la fois où tu étais ici, et je me considère une très bonne fille, très obéissante. Tu devrais voir la crème que je mange, à 32 %! »[i]. Plus tard, le 24 septembre 1992, elle écrit à nouveau à sa mère, et s’exclame [TRADUCTION] « Comme tu le sais, j’ai terriblement hâte de te voir pour que tu puisses constater de tes propres yeux tout ce que je mange ces jours-ci. Je t’assure que ce n’est pas un conte de fées. Tu n’arriveras pas à reconnaître la fillette frêle et faible que tu as quittée, j’ai l’air complètement différente maintenant, même moi je m’en rends compte. Je crois avoir pris un peu plus de dix livres[ii] ». L’ancien médecin d’Elizabeth, le Dr Allen, vient constater les progrès par lui-même et, impressionné, il écrit que « l’insuline fait des miracles »[iii].

Élizabeth retourne à l’école en 1923 et, en 1930, elle épouse un avocat nommé William T. Gossett. Elle s’installe à Bloomfield, au Michigan, et a un fils et deux filles. Elizabeth devient membre des comités et conseils d’administration de plusieurs établissements d’enseignement supérieur, et occupe des postes d’importance au Barnard College, à la Oakland University, au Merrill-Palmer Institute et à la Michigan State University. Elle est également membre de la Detroit Urban League et fonde la Supreme Court Historical Society en 1972. Le 21 avril 1981, Elizabeth meurt à l’âge de 73 ans. À son décès, elle avait reçu environ 42 000 injections d’insuline en 58 ans[i].

Extrait d’une lettre d’Elizabeth à sa mère sur les effets de l’insuline sur sa santé : 

« Comme tu le sais, j’ai terriblement hâte de te voir pour que tu puisses constater de tes propres yeux tout ce que je mange ces jours-ci. Je t’assure que ce n’est pas un conte de fées. Tu n’arriveras pas à reconnaître la fillette frêle et faible que tu as quittée, j’ai l’air complètement différente maintenant, même moi je m’en rends compte… Tu vois, je mange aujourd’hui ce qu’une fille normale de mon âge devrait manger et je prends du poids et de la force […]. Ce qui est merveilleux, c’est que je peux manger de tout, même des bonbons. Ne sois pas choquée, ce n’est que lorsque j’ai une réaction que j’ai droit à ce privilège, mais cela permet à la glycémie de remonter rapidement, alors le Dr Banting pense que les bonbons sont plus faciles à prendre et à transporter lorsque je suis à l’extérieur. Maintenant, mes poches sont remplies de ces petites friandises à la mélasse. Dès que j’ai une réaction, j’en gobe une et je me remets immédiatement [….].Je pourrais remplir des pages avec tout ce que je mange aujourd’hui que je n’ai pas eu le bonheur de goûter depuis plus de trois ans, et tu ne sauras jamais à quel point je savoure chaque bouchée. Je ne sais pas comment exprimer ma gratitude pour la chance que j’ai eue de pouvoir profiter de cette merveilleuse découverte, c’est vraiment un miracle… (24 septembre 1922). 


[1] University of Toronto, Fisher Library Digital Collections, F. G. Banting (Frederick Grant, Sir) Papers. Banting Scrapbooks, Scrapbook 1, pp. 34, 35. https://resource.library.utoronto.ca/insulin/scrapbooks.cfm.

[2] Bernie Fletcher, “Canada’s 150th: The Miracle Boy from the Beach” in Beach Metro (Toronto: January 10, 2017), https://www.beachmetro.com/2017/01/10/canadas-150th-miracle-boy-beach/.

[3] Frederick Banting, “Pancreatic extracts in the treatment of diabetes mellitus” in Canadian Medical Association Journal (March, 1922). University of Toronto, Fisher Library Digital Collections, F. G. Banting (Frederick Grant, Sir) Papers, COLL. 76 (Bnting), Box 61, Folder 12, pp. 4. https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pmc/articles/PMC1524425/.

[4] Ibid.

[5] Ibid.

[6] Rachel Delle Palme “Banting’s First American House Call” on the Banting House Museum website, (January, 2019), https://bantinghousenhsc.wordpress.com/2019/01/24/bantings-first-american-house-call/.

[7] Ibid.

[8] Louis P. Hamburger, “Discussion of Dr. Bantings paper on the insulin treatment of diabetes read before the Baltimore city medical society,” University of Toronto, Fisher Library Digital Collections, F. G. Banting (Frederick Grant, Sir), MS. COLL. 76 (Banting), Box 8B, Folder 21. Accessed July 9, 2020. https://insulin.library.utoronto.ca/islandora/object/insulin%3AW10008

[9] Ibid.

[10] Thea Cooper, Arthur Ainsberg. Breakthrough: Banting, Best, And The Race To Save Millions Of Diabetics. (Toronto: Penguin Group, Viking Canada, 2010).

[11] Louis P. Hamburger, “Discussion of Dr. Bantings paper on the insulin treatment of diabetes read before the Baltimore city medical society,” University of Toronto, Fisher Library Digital Collections, F. G. Banting (Frederick Grant, Sir), MS. COLL. 76 (Banting), Box 8B, Folder 21. Accessed July 9, 2020. https://insulin.library.utoronto.ca/islandora/object/insulin%3AW10008

[12] Ibid.

[13] Cooper & Ainsberg. Breakthrough.

[14] Rachel Delle Palme, “The Long Life of One of Banting’s First Patients” on the Banting House Museum website (September 2018), https://bantinghousenhsc.wordpress.com/2018/09/27/the-long-life-of-one-of-bantings-first-patients/.

[15] Ibid.

[16] Ibid.

[17] Ibid.

[18] Michael Bliss, “Who Discovered Insulin?” in American Physiological Society. Volume 1, (February, 1986), pp. 31-36. Accessed July 5, 2020, https://journals.physiology.org/doi/pdf/10.1152/physiologyonline.1986.1.1.31

[19] Michael Bliss, “Resurrections in Toronto: Fact and Myth in the Discovery of Insulin” in Bulletin of the American Academy of Arts and Sciences. Vol. 38, No. 3 (Dec., 1984), pp. 15-36. Accessed July 7, 2020. https://www.jstor.org/stable/20171755.

[20] University of Toronto, Fisher Library Digital Collections, F. G. Banting (Frederick Grant, Sir) Papers. Banting Scrapbooks, Scrapbook 1, pp. 34, 35. https://resource.library.utoronto.ca/insulin/scrapbooks.cfm. And Sarah Riedlinger, Dean Giustini, & Brenden Hursh, “Part II: The impact of insulin on children with diabetes at Toronto Sick Kids in the 1920s” in Hektoen International Journal, (Vancouver: Spring, 2018), https://hekint.org/2018/05/15/part-ii-the-impact-of-insulin-on-children-with-diabetes-at-toronto-sick-kids-in-the-1920s/.

[21] Bliss, “Resurrections in Toronto” in Bulletin of the American Academy of Arts and Scienceshttps://www.jstor.org/stable/20171755.

[22] Rachel Delle Palme, “Banting’s ‘Star’ Patient” on the Banting House Museum website (April, 2019), https://bantinghousenhsc.wordpress.com/2019/04/12/bantings-star-patient/. And Michael Bliss, The Discovery of Insulin, (Chicago: University of Chicago Press, 1982).

[23] Elizabeth Hughes, “Letter to Mother 22/08/1922” (scanned copy) held at the University of Toronto, Thomas Fischer Rare Book Library Collection (MS. COLL 334 (Hughes) Box 1, Folder 35A), https://insulin.library.utoronto.ca/islandora/object/insulin%3AL10006.

[24] Elizabeth Hughes, “Letter to Mother and Father 24/09/1922” (scanned copy) held at the University of Toronto, Thomas Fischer Rare Book Library Collection (MS. COLL 334 (Hughes) Box 1, Folder 36), https://insulin.library.utoronto.ca/islandora/object/insulin%3AL10007.

[25] Rachel Delle Palme, “Banting’s ‘Star’ Patient” on the Banting House Museum website (April, 2019), https://bantinghousenhsc.wordpress.com/2019/04/12/bantings-star-patient/.  

[26] Joseph S. Alpert, “An Amazing Story: The Discovery of Insulin” in The American Journal of Medicine, (Vol 129, No 3, March 2016), https://www.amjmed.com/article/S0002-9343(16)30001-8/pdf.