le 3 mars 2021

Camp Connexion

Par Lauren Linklater

Lauren Linklater vit avec le diabète de type 1 depuis 1999. Elle est impliquée dans le programme des camps D (pour diabétiques) de Diabète Canada depuis plus de 12 ans, où elle occupe actuellement le rôle de gestionnaire des camps et des programmes jeunesse au sein de l’équipe des camps D. Au fils des ans, elle a participé aux activités de la communauté du diabète par le biais de divers groupes et projets, permettant à des jeunes de développer des outils d’auto-représentation tout en s’amusant. En dehors du monde du diabète, Lauren adore passer du temps avec son chien, préparer des gâteries sans gluten et s’adonner à des activités de plein air. 

Pour célébrer le centenaire de la découverte de l’insuline, je contemple l’importance de cette découverte canadienne et comment elle me permet de profiter pleinement de ma vie et de la façonner comme je l’entends. J’ai été diagnostiquée du diabète de type 1 à l’âge de cinq ans et rien n’aurait pu me permettre d’anticiper l’impact déterminant et positif que le diabète allait avoir sur ma vie. Puisqu’il n’existe aucun antécédent de diabète dans ma famille et que cette maladie est apparue sans cause précise, mes parents, en proie au désespoir, ont dû trouver des ressources pour m’aider. J’ai eu la chance, dès l’âge de huit ans, d’aller au Camp Huronda, à Huntsville, en Ontario; c’est une colonie de vacances appartenant et gérée par Diabète Canada pour les enfants et les jeunes atteints de diabète de type 1. Avant d’aller au camp, je connaissais certes quelques jeunes de ma communauté atteints du diabète de type 1, mais personne de mon âge avec qui je pouvais vraiment échanger. Tout a changé lors d’une belle journée ensoleillée du mois de juillet 2000. 

Au camp, j’ai appris beaucoup de choses au cours des années; parmi les leçons les plus précieuses, j’y ai appris l’empathie, l’amitié, le soutien et le pouvoir de la communauté. J’ai grandi dans un petit village et j’ai eu la chance d’avoir un réseau d’amis et de pairs attentionnés pour m’offrir du soutien. Il y avait toujours quelqu’un prêt à me donner une boîte de jus pour m’aider à gérer ma glycémie. Ils comprenaient que les plans devaient parfois être modifiés en fonction de mon état, comme quand je passais des nuits blanches à gérer les fluctuations de mon taux de sucre pendant la nuit. Je leur suis éternellement reconnaissante d’avoir été présents et compréhensifs. Le seul fait d’avoir le soutien d’une communauté de personnes qui « comprennent » intrinsèquement la situation et gèrent sans sourciller les hauts et les bas des effets du diabète a tout simplement changé ma vie. Je n’avais pas à tout leur expliquer; on ne me regardait pas de travers lorsque je devais me retirer des activités pour traiter ma glycémie. J’ai appris qu’il m’était possible, avec un minimum de planification, de faire tout ce dont ils étaient capables. Ces leçons m’ont habilitée à envisager une vie heureuse avec un diabète de type 1. 

Huit années plus tard, je réalise un rêve qui avait germé dans mon esprit vers l’âge de dix ans : j’obtiens un poste au sein de l’équipe du camp Huronda. En plus d’être le plus bel emploi qui soit, j’ai pu, en y travaillant, réaliser à quel point les leçons et les habiletés apprises au cours des années ont formé ma jeunesse. De nombreuses expériences et vocations que je chéris dans ma vie découlent de mon diabète de type 1. Je me suis souvent demandé où la vie m’aurait menée si ce n’avait été de mon diagnostic et de ma participation au camp. 

Les neuf programmes du camp D (pour diabétiques) visent les mêmes objectifs, au nombre de quatre : enseigner l’autogestion autonome de son diabète, favoriser des amitiés durables, contribuer à l’amélioration de l’estime de soi et offrir une expérience de camp amusante et éducative. Certains des aspects et des objectifs du camp sautent aux yeux, alors que vous devez vivre l’expérience pour comprendre les autres. Tous les camps et les colonies de vacances permettent aux jeunes de se lier d’amitié, or les amitiés, les rapports et les modèles qui découlent de nos programmes de camp semblent particulièrement spéciaux. C’est la différence entre l’empathie et la sympathie qui caractérise nos rapports. L’impact d’écouter des professionnels des soins de santé en formation et des personnes-ressources impliquées dans la communauté discuter ouvertement des peurs et des défis qui ponctuent la vie des personnes atteintes du diabète de type 1, dans un espace non médical, est considérable. Nous profitons de toutes les activités sécuritaires, amusantes et typiques des camps de vacances, telles que les feux de camp et le tir à l’arc, mais ce sont les discussions et les échanges qui sous-tendent le développement de la communauté de diabétiques qui motivent mon travail et mon enthousiasme. 

Je fais partie de l’équipe du personnel du camp Huronda de Diabète Canada depuis maintenant douze ans. Au cours de mes années de service, j’ai eu l’honneur de voir des participants atteindre des jalons marquants de leur parcours de diabétique et de contribuer à leur croissance lors de leur séjour au camp. Un « jalon marquant du parcours d’un diabétique », c’est un moment clé de la vie d’un jeune atteint du diabète, comme la première fois où ils s’injectent eux-mêmes leur dose d’insuline, insèrent eux-mêmes une pompe ou un capteur ou changent eux-mêmes un réservoir. Ces jalons ont un impact direct sur la gestion quotidienne et la planification des activités d’une personne atteinte de diabète de type 1 et stimulent l’habilitation et l’indépendance liée à l’autogestion de leur diabète de type 1.   

Le diabète est à la fois une étiquette et un fardeau lourds à porter, mais il me permet d’apprécier les liens de communauté qui se tissent entre nos campeurs et leurs familles. J’ai été témoin de parcours personnels époustouflants en matière de développement et de dépassement : j’ai eu le privilège d’accueillir un campeur de neuf ans dans nos programmes du camp D et de le voir, des années plus tard, préparer sa candidature à des bourses d’études prestigieuses, obtenir des diplômes universitaires pour enfin graduer de la faculté de médecine. En favorisant l’acquisition de compétences en communication, en travail d’équipe, en pensée critique, en planification, en animation, en gestion du risque et bien plus dans le cadre de notre programme de développement du leadership ou de nos expériences à titre de membres du personnel, nous pouvons déjà entrevoir toutes les possibilités qui s’offrent à nos campeurs.  

Depuis ses débuts, le Camp Huronda a accueilli plus de 20 000 jeunes atteints du diabète de type 1; il n’est donc pas étonnant que son réseau de contacts compte des éducateurs, des médecins, des philanthropes, des infirmières et infirmiers, des scientifiques, des environnementalistes, des ingénieurs, des auteurs et bien plus. Bien que je ne puisse parler que d’une petite fraction de ces jeunes, il n’existe pas de plus grand privilège que celui de soutenir leur croissance personnelle. Chaque année, je rédige en moyenne plus de 50 lettres de recommandation pour des campeurs d’hier et d’aujourd’hui. Fréquenter un camp de vacances stimule la croissance personnelle comme peu d’autres expériences le peuvent; c’est un environnement sécuritaire où il est possible de prendre des risques qui se prête admirablement bien à l’expression de soi, tant au niveau personnel que professionnel. Travailler dans un camp exige que nous donnions le meilleur de nous-mêmes, dans notre rôle de leaders et de moniteurs; nous sommes entièrement responsables du bien-être et de la sécurité de nos campeurs, en plus de travailler au gré des éléments. Je pense à de nombreux exemples où j’ai contribué à l’essor des jeunes, en passant par des interventions à titre de sauveteuse et des moments où j’ai encadré de jeunes campeurs lors de moments difficiles. Ce n’est pas tâche facile de trouver des façons d’adapter les programmes pour proposer des défis d’apprentissage à tous nos campeurs, d’agir positivement à titre de modèle de gestion du diabète, de prioriser la sécurité et d’offrir des expériences de plein air sauvage sécuritaires et inclusives. 

Vivre avec un diabète de type 1 est loin d’être facile. Tout comme de travailler dans une colonie de vacances. Faire des activités en dehors de notre zone de confort n’est pas moins difficile. La valeur et le legs des camps D résident dans cet équilibre parfait où, dans les moments et les activités que nous élaborons pour nos campeurs, nous sommes en mesure de proposer des défis de taille et d’en faire des expériences d’apprentissage et de croissance. Cet héritage fait écho à celui de Frederick Banting et son parcours. La découverte de l’insuline a changé la vie de millions de personnes atteintes de diabète, y compris la mienne. Cependant, le docteur Frederick Banting a mené une vie riche et prospère en dehors de ses recherches sur le diabète. Un des aspects de son histoire qui m’a toujours captivée est le temps qu’il a passé à étudier et parfaire son art avec des membres du Groupe des sept et son incroyable talent artistique. Comme si une découverte médicale majeure ne lui a pas suffi, il a poursuivi ses passions et continué de se parfaire comme médecin dans le monde de la recherche médicale.

Au cours des 100 dernières années, de nombreuses choses ont changé dans le monde de l’éducation, de la gestion et de la technologie liées au diabète. Les percées technologiques pour la gestion du diabète, les systèmes de soutien et les innombrables programmes, tous conçus pour la communauté du diabète de type 1, sont des ressources que je n’aurais jamais pu imaginer au cours des premières années suivant mon diagnostic. Ma vie serait bien différente si ce n’était de l’existence de plusieurs de ces progrès. Je suis convaincue que Banting lui-même serait épaté par ces avancées. Je compte plus de 25 ans d’expérience avec la maladie et je ne peux m’empêcher d’apprécier tout le progrès effectué au cours de cette période et de considérer tout le travail qu’il nous reste encore à faire. 100 années depuis la découverte de l’insuline. 68 ans de tradition aux camps D de Diabète Canada. Et bien que nous n’ayons toujours rien de mieux que l’insuline après 100 ans, je sais que nous sommes profondément reconnaissants envers le docteur Banting, envers nous-mêmes, les membres de cette grande communauté et pour ce lieu bien spécial, niché au bord d’un lac. Notre camp.