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Plan de leçon : Les pensionnats autochtones, le poids du bagage émotionnel et l’acte de s’épauler mutuellement

Par Renee Allen

Renee Allen

Consultante en éducation

Renee Allen est une écrivaine et éducatrice aux multiples talents, née en Jamaïque et basée à Toronto, qui se passionne pour le travail avec les enfants et les jeunes. Elle est profondément engagée dans un travail qui interroge et traite les systèmes d’oppression imbriqués. Ses écrits sont publiés dans Zora, THIS magazine et PREE. Renée est également diplômée depuis peu du programme de maîtrise en enseignement de l’Université de Toronto, et sa collection de livres ne cesse de grossir.

Sujets suggérés

Sciences humaines/l’univers social
Mathématiques
Apprentissage socio-émotionnel (p. ex. : classe principale)

Niveau scolaire

De la 4e à la 6e année du primaire

Objectif

Offrir aux élèves des stratégies d’adaptation pour passer au travers de moments difficiles et s’épauler mutuellement, tout en étoffant leur compréhension des expériences vécues dans les pensionnats autochtones.

Question directrice

Quels moyens pouvons-nous prendre pour nous épauler mutuellement lors de moments difficiles?

Compréhensions durables

Objectifs d’apprentissage

Les objectifs d’apprentissage servent de point de départ à des enseignements que vous jugerez bon d’élaborer; ils ne sont pas liés à des documents particuliers du curriculum des enseignements provinciaux ou territoriaux. Vous êtes invité.es, à titre d’enseignant.es et de guides, à faire des liens entre ces objectifs et le programme d’enseignement précis de votre situation géographique.

Objectifs généraux

Les élèves seront en mesure de :

Communication orale

Les élèves seront en mesure de :

Mathématiques

Les élèves seront en mesure de :

Interdisciplinaire : Art

Les élèves seront en mesure de :

Survol de la leçon

Planification et préparation

Connaissances requises pour la mise en œuvre de la leçon
Connaissances requises pour les élèves
Matériaux
Anticiper des défis et des difficultés

Il est essentiel de mettre en place un environnement bienveillant pour la tenue de dialogues respectueux dans votre classe avant de commencer cette activité. Même si les élèves ne sont pas amenés à partager leur propre expérience, il peut leur être ardu de puiser dans leurs souvenirs et d’en gérer le poids émotionnel. Nous ne recommandons pas de tenir cette activité dans une classe où les dynamiques et les émotions sont volatiles et ne permettent pas une sécurité émotionnelle. Si possible, veuillez créer des occasions pour que vos élèves puissent s’adresser au personnel de travail social, de conseil d’orientation ou planifier des plages horaires pour des discussions privées.

Voici des ressources à partager avec vos élèves :

Ressources

Présenter la leçon

Cette leçon prend tout son sens lorsque vous la présentez en vous assoyant en cercle au même niveau que vos élèves. Si vous disposez d’un espace extérieur propice et que la météo est clémente, il est aussi recommandé de présenter cette leçon dans un environnement naturel.

Présentez cette leçon dans la douceur et avec intention, puisqu’elle est conçue pour favoriser les réflexions, les discussions et une compréhension active des concepts. Il est peu probable que vous ayez le temps de finaliser toutes les étapes d’un seul coup, à moins de consacrer une journée entière à la leçon. Vous pourriez viser à compléter les étapes 1 et 2 en une session et les étapes 3 et 4 dans une seconde session pour échelonner la leçon, or nous vous encourageons à planifier les sessions dans une même semaine ou des plages horaires rapprochées.

Vous pouvez lancer cette leçon en vous servant de la question clé et du contexte avec vos élèves. Servez-vous du tableau, d’un projecteur (en y projetant un diaporama), un tableau à feuilles, etc. :

Quels moyens pouvons-nous prendre pour nous épauler mutuellement lors de moments difficiles?

Vous êtes également invité.e à faire part de l’activité principale aux élèves, soit redistribuer des pierres aux petits groupes afin de s’entraider à gérer le poids de notre bagage émotionnel.

Ensuite, demandez aux élèves de penser à une situation où ils se sont senti.es tristes, ont ressenti une grande lourdeur ou ont eu à faire face à des défis de taille. Il n’est nullement requis que la situation soit l’expérience d’un traumatisme, puisque le but de la leçon n’est pas d’amener les élèves à revisiter ou revivre une expérience traumatique. Guidez-les plutôt à réfléchir à une situation difficile à laquelle ils et elles ont eu à faire face et laissez-leur le soin de sélectionner une situation qui correspond à ces critères. Les élèves n’ont pas à partager leur expérience avec la classe; veillez à clarifier ce point dès le début de l’activité.

Posez la question suivante aux élèves : Combien de pierres vous permettraient de représenter le poids du bagage émotionnel que vous ressentez?

Les élèves placent le nombre de pierres qui correspond à cette réflexion dans le seau ou le panier. Le nombre de pierres représente le poids du bagage émotionnel de leur expérience difficile. Vous pouvez, au besoin, insister sur le fait que l’activité n’est en aucun cas une compétition pour voir qui place le plus de pierres dans le seau ou qui porte la charge émotionnelle la plus lourde. La diversité des pierres et des expériences placées dans le seau reflète la complexité de l’expérience humaine et qu’il est tout aussi important de la comprendre que de la célébrer. Idéalement, vous participez à l’activité avec les élèves et vous placez aussi des pierres dans un seau.

Si vous évaluez que le climat dans votre classe est propice, vous pouvez demander aux élèves de faire part au groupe ou à leur voisin du nombre de pierres qu’ils et elles ont placé dans le seau et de décrire les grandes lignes de leur processus de prise de décision sans avoir à mentionner de détails personnels (p. ex. : « J’ai placé cinq pierres dans le seau parce que la situation à laquelle j’ai pensé est une des plus difficiles que j’ai eue à vivre et j’ai trouvé que ça prenait plusieurs pierres pour traduire le poids ressenti. » ou « J’ai placé deux petites pierres dans le seau parce que j’ai vécu de la tristesse, mais ce n’était pas un moment extrêmement difficile. »).

Étape 1

Cette étape vise à répondre à la question : Quelles sont les similitudes et les différences entre les pierres et le poids émotionnel que nous portons?

Demandez aux élèves d’examiner les seaux dans lesquels ils et elles ont placé des pierres. Vous pouvez leur demander de disposer les seaux autour de la classe afin de pouvoir défiler et les regarder un à un. La classe peut également décider à l’avance s’il est permis ou non de toucher les seaux ou les pierres.

Les élèves reprennent leur place dans le cercle et amorcent une discussion, avec la classe ou en petits groupes, pour partager leurs observations. Qu’ont-ils remarqué? Des patrons? Des ressemblances? Des différences? Cette conversation peut s’articuler autour du nombre de pierres, leur taille, leur poids et des réflexions sur les seaux de la classe (p. ex. : « J’ai remarqué que presque tout le monde avait placé au moins deux pierres dans son seau. »). Vous pouvez documenter ces observations avec un nuage de mots, une carte cognitive ou tout autre format de notes adéquat pour l’exercice.

Étape 2

Cette étape vise à répondre à la question : Que communiquons-nous en redistribuant les pierres?

Demandez aux élèves de choisir une pierre de leur seau qu’ils et elles souhaitent conserver. C’est cette pierre qu’ils et elles décoreront à la prochaine étape de la leçon.

Ensuite, demandez aux élèves de redistribuer le reste des pierres avec la classe ou en petits groupes, à l’exception de la pierre qu’ils et elles ont choisi de garder. Le but de la redistribution est de répartir le reste des pierres de façon plus équitable et de partager leur poids avec tous les élèves. Vous pouvez demander à la classe de discuter des éléments à prendre en considération avant de procéder, soit le nombre de pierres dans chaque seau, le poids de chaque pierre, la taille de seau, etc., ou de répartir les pierres de manière plus intuitive; établissez les paramètres en fonction de la dynamique de la classe. Encouragez les élèves à faire part de leurs réflexions et de leur méthode pour redistribuer les pierres au sein de leur groupe ou avec toute la classe.

Une fois les pierres redistribuées, demandez à la classe de discuter des moyens qu’ils et elles ont pris pour redistribuer les pierres. Quels facteurs ont-ils et elles pris en compte? La distribution des pierres est-elle plus égale ou équitable?

Puisque les pierres représentent le poids du bagage émotionnel, vous pouvez maintenant amener les élèves à réfléchir à la redistribution de la charge émotionnelle entre eux. L’idée de prendre sur soi le poids que quelqu’un d’autre peut porter sur ses épaules ou dans son cœur peut sembler abstraite et nous nous servons des pierres qui se trouvent dans les seaux et des façons de les redistribuer entre les élèves pour aider la classe à trouver des stratégies pour redistribuer le poids du bagage émotionnel entre eux, pour leur apprendre à porter ce poids dans la classe et dans la vie de tous les jours. Quelles pratiques et quels comportements pouvons-nous adopter au niveau de notre vie émotionnelle qui nous permettraient de redistribuer le poids des expériences difficiles? Invitez les élèves à penser à un moment ou une période où ils et elles se sont senti.es tristes ou ont dû surmonter une épreuve : qu’est-ce que les personnes qui les entourent ont fait pour les aider à se sentir le cœur plus léger ou pour soulager leur tristesse? Qu’est-ce que les gens autour de nous peuvent faire pour nous apporter du soutien lors de moments difficiles? Comment faire pour savoir quel type de soutien donner aux personnes qui en ont besoin?

Si les élèves ont un journal, demandez-leur de consigner leurs réponses ou leurs réflexions dans leur journal avant, pendant ou après la discussion avec la classe, selon les habitudes de la classe.

Étape 3

Cette étape vise à répondre à la question : De quelle façon devons-nous décorer la pierre que nous avons sélectionnée pour représenter et honorer le poids du bagage émotionnel que portent les survivants des pensionnats autochtones et leurs familles?

Si les élèves sont déjà au fait des pensionnats autochtones, vous pouvez leur demander de discuter  (en petits groupes ou avec la classe) ou de réfléchir individuellement et de noter ce dont ils et elles se rappellent avant de partager avec toute la classe. Assurez-vous de rectifier toute information erronée et de clarifier les incompréhensions afin que les élèves possèdent des connaissances appropriées pour leur âge et leur niveau de développement sur les pensionnats autochtones, leur réalité, leur mission, les raisons pourquoi ils ont causé autant de torts et pourquoi ces torts et la douleur persistent.

Si la classe n’a pas encore abordé le sujet des pensionnats autochtones, présentez-le en fonction de leur âge et leur niveau de développement et faites appel à des ressources diverses, telles que des livres illustrés (voici quelques suggestions : liste de 10 livres à découvrir et littérature jeunesse autochtone), des chronologies, ou, pour les adolescents, des articles (comme celui de Miles Morisseau). Si vous ou votre établissement scolaire entretenez une relation avec un aîné ou un gardien des savoirs, c’est une bonne idée de l’inviter à participer et à partager son point de vue, en vous assurant de les solliciter en respectant les traditions et en le compensant pour le temps accordé.

À l’aide de fournitures et de matériel artistiques comme de la peinture, de l’encre ou de tout autre médium qui convient à la tâche, les élèves sont invité.es à décorer leur pierre afin d’honorer et de représenter le poids du bagage émotionnel des expériences vécues dans les pensionnats autochtones. Montrez-leur des exemples de ce type d’activité afin de les inspirer : les jeunes membres d’un studio d’art de Saskatoon peignent 215 pierres pour honorer les survivants des pensionnats autochtones et les enfants disparus (reportage de CBC News, en anglais) ou les tuiles commémoratives du Project of Heart. Vous pouvez débuter l’activité en animant une discussion sur le type de décorations qui permet d’honorer le poids du bagage émotionnel et le legs des pensionnats autochtones.

Une fois que les élèves ont décoré les pierres, rassemblez la classe pour décider où les déposer et faire rayonner le projet des pierres. Est-ce que c’est à chaque élève de conserver la sienne? Les élèves devraient-ils et elles plutôt aménager un espace commémoratif dans l’école ou à l’extérieur de celle-ci (et documenter la raison d’être des pierres)? Serait-il plus avisé de les placer dans un jardin?

Au cours de ses étapes, c’est une bonne idée de présenter les pierres comme dans une galerie d’art pour permettre à tous les élèves de les admirer. Invitez chaque élève à consigner une réflexion personnelle dans son journal ou à partager avec toute la classe les choix artistiques qu’ils et elles ont pris pour décorer leur pierre.

C’est un moment propice pour encourager les élèves, d’une façon qui convient à leur âge et leur niveau de développement, à réfléchir aux gestes et aux prises de parole que nous pouvons tous et toutes faire pour aider les survivants des pensionnats autochtones et les familles des enfants qui les ont fréquentés. Quels gestes les élèves de la classe pourraient-ils et elles poser? Qu’est-ce que l’école pourrait faire? Et la communauté? Si vous considérez que le contenu convient à votre classe, consultez le site La voix du Nord pour des exemples de moyens et de gestes qui soutiennent la réconciliation.

Étape 4

Cette étape vise à répondre à la question : Comment le poids du bagage émotionnel que nous portons nous rapproche de nos ancêtres?

Si les élèves ne connaissent pas déjà les pierres grands-pères, présentez-leur le concept en faisant appel à des ressources telles que La sagesse de la Terre. Animez ensuite une discussion sur le sujet des pierres grands-pères. De quoi s’agit-il? Comment des pierres peuvent-elles être porteuses de connaissances ancestrales? De quelles façons les pierres sont-elles le reflet de notre connexion avec le passé et avec nos ancêtres et avec le poids émotionnel qui nous afflige?

Faites de cette discussion le point de départ d’une réflexion sur le lien qui nous unit au passé, à nos ancêtres et au poids émotionnel que nous portons; invitez les élèves à réfléchir individuellement, en petits groupes ou à partager avec toute la classe. Comment les familles des enfants qui ont fréquenté les pensionnats autochtones continuent, encore aujourd’hui, de porter le poids de ces expériences? Comment des expériences difficiles telles que celles vécues dans les pensionnats autochtones sont transmises d’une génération à l’autre dans les familles? Quelles sont les moyens dont nous disposons pour soutenir nos ancêtres et les soulager d’une partie du poids du bagage émotionnel qu’ils et elles portent? Que pouvons-nous faire pour apporter du soutien aux ancêtres des autres familles qui ont vécu des expériences difficiles?

À la fin de cette étape, donnez du temps aux élèves pour vivre leurs émotions, les traiter et se recentrer émotionnellement de façon constructive. Vous pourriez amener la classe prendre une grande marche, les inviter à écrire leur expérience dans leur journal, à méditer ensemble, à s’étirer, à profiter d’un moment de calme et de silence, à trouver une autre façon de clore la leçon avec intention, selon vos pratiques et votre évaluation des besoins des élèves.

Suggestion pour consolider ou étoffer les apprentissages

Afin d’ouvrir le contenu de cette leçon au partage intergénérationnel, invitez les élèves à partager leur pierre avec une classe d’élèves plus jeunes ou plus vieux, selon le contexte de l’école et la dynamique des classes. Les élèves peuvent, individuellement ou en petits groupes, partager les décorations dont ils ont orné leur pierre et expliquer comment ils et elles ont commémoré les enfants qui ont fréquenté les pensionnats autochtones et ce qu’ils et elles ont appris sur le fait de porter du bagage émotionnel et d’alléger celui des personnes qui les entourent. Les élèves de la classe peuvent établir, à l’avance, des critères concernant ce qu’il est approprié de partager à propos des pierres, des expériences et du processus créatif et la méthodologie du partage.

Il est également possible de mener à bien cette activité avec des adultes, comme les parents. Si vous ou l’établissement scolaire est en contact avec un aîné autochtone, un gardien des savoirs, un organisme ou une communauté autochtone, c’est une bonne idée de les inviter au partage des pierres.

Les élèves peuvent ensuite réfléchir ensemble ou individuellement au déroulement de l’activité, sur l’étape du partage des pierres, ce qu’ils et elles ont aimé de l’activité et ce qu’ils et elles ont trouvé difficile.